dimanche 6 mai 2012

Lettre à mes amis français


Chers amis,

Confrontés à un moment déterminant de votre Histoire, vous venez de choisir votre président. Pour des raisons culturelles, j’ai, comme beaucoup d’Algériens, suivi ces élections et trouvé un plaisir à écouter, à lire et à analyser les propositions des candidats, notamment des deux finalistes. En entendant le résultat final de ces élections, j’ai pensé vous résumer mes sentiments à propos.

Plus que les raisons historiques, géographiques et linguistiques, le fait que la France soit le pays étranger qui accueille le plus d’Algériens me fait m’intéresser aux tendances actuelles, préoccupantes par la montée des extrémismes religieux et politiques.

Un extrémisme religieux enfanté par l’incompréhension de la philosophie de l’islam, par les musulmans et les non musulmans, ainsi que par l’interprétation exotérique des textes sacrés. Par le peu de place qui est fait à la différence.

Un extrémisme politique dont la formalisation partisane pose souvent de vraies questions sur l’immigration sans toujours donner de bonnes réponses, mais auquel on ne peut pas dénier le patriotisme. Un patriotisme qui se fait du mal, et fait du mal aux autres, en se tintant de nationalisme.

Je reste proche des valeurs de la culture de votre pays dont le passé colonial ne me fait pas oublier le rayonnement et l’universalisme.

J’avais espéré que Nicolas Sarkozy l’emporte. Non pas que je m’arroge le droit de choisir à votre place, mais parce que persuadé que personne n’aurait pu mieux faire face à une crise financière internationale de cette gravité. Je comprends ceux qui se sont sentis blessés et qui ont fait leur choix électoral pour sanctionner plutôt que pour approuver et, dans un pays qui a connu la peine et la précarité, rien ne peut justifier qu’on soit laissé pour compte ou abandonné à la précarité. Ce n’est pas le cas de tous les électeurs. Cependant, j’espère que nous saurons tous faire prévaloir la raison sur la passion.

Il serait trop facile de dire que tel courant politique, ou l’autre, joue le jeu de cette folle finance. Ou même de dire que l’un et l’autre se valent. Par le passé, des erreurs ont été commises de part et d’autre. Dans le futur, d’autres erreurs seront commises. Il s’agit d’abord de parer au plus urgent, puis de reconsidérer nos modèles politiques, économiques et sociaux.

Par amitié pour vous et par sympathie envers tous vos compatriotes, je prie Dieu de m’être trompé et qu’il fasse en sorte que François Hollande soit le bon.

Un monde nouveau doit voir le jour, plus mature et plus pragmatique que l’actuel altermondialisme. Un « néomondialisme », mieux outillé, mieux concerté. Cette nouvelle forme ne réussira pas si elle prend des airs de révolution sans ou contre les gouvernements. Elle ne réussira pas, non plus, si l’humanité n’accepte pas de changer de mode de vie. Je n’ai pas de réponse détaillée au comment et je doute que l’ait qui que ce soit. Je sais seulement que tout changement brutal serait aussi suicidaire que de continuer sur la voie de la surconsommation et du gaspillage des ressources naturelles, minérales et fossiles.

Pour dépasser le stade de l’indignation et aider ce monde nouveau à naître, les sociétés civiles doivent s’investir beaucoup plus dans le tissage des relations entre peuples et nations, entre l’Algérie et la France en particulier, afin de tourner la page de la période coloniale et de faire durablement la paix en laissant reposer nos morts. Ces morts mutuels auxquels nous devons dire que nous ne les oublions pas, que nous ne les trahissons pas, que nous voulons construire, ensemble, ce dont ils ont rêvé dans leurs plus humains instants.

Dans cette dynamique civile, les apports des réseaux sociaux ne sont pas négligeables et là où il n’y a plus de dialogue, s’installent l’incompréhension, la méfiance et la haine. Des réseaux sociaux qui souffrent, quand même, de vite atteindre leurs limites. En attendant d’aller encore plus de l’avant, en harmonie avec nos moyens.

Amis français, aucun candidat n’a gagné. Vous tous avez gagné. Vous avez gagné le débat, la mobilisation, la critique, la satire et la perpétuation ou l’invention de beaucoup de notions et de valeurs qui sont autant de garanties de pérennité de la démocratie et de la république.

Je vous souhaite tout le bien possible, persuadé que vous saurez trouver votre voie, vous qui avez traversé de nombreuses périodes difficiles en vous relevant à chaque fois.


Hichem Zoheïr Achi

vendredi 2 septembre 2011

L’Algérie après la Libye de Kadhafi


Kadhafi est tombé. Espérons qu’éclatera son totalitarisme camouflé en « populocratie » à plébiscite tribal pré-héréditaire. Il avait réussi à étouffer toute contestation dans un linceul vert codifié sur livret de même couleur. Souhaitant, comme les autres arabes, mourir de vieillesse sur son trône, il aurait mieux valu qu’il entende la détresse de son peuple et qu’il comprenne que ce qu’il lui veut n’est pas nécessairement ce que ce peuple se veut. Je le comprends sans l’excuser, lorsqu’on règne sans partage pendant 42 ans, on finit par se croire éternel et indestructible. Les gouvernants comme lui enseignent la morale de l’Histoire à leurs peuples et oublient de la lire eux-mêmes.

On s’insurge que l’OTAN soit intervenue. J’ai été pour la force d’interposition, pas pour l’offensive contre Tripoli. Cependant, que serait-il arrivé aux rebelles libyens si l’OTAN avait laissé faire ? Au mieux, un bourbier interminable et au pire, un massacre. On voit bien qu’il n’est pas facile de dire qui avait raison et qui avait tort. En tout état de cause, ce qui est fait est fait et il est plus utile de s’adapter au présent et de penser l’avenir au lieu de pleurer un dictateur subitement devenu héros de la résistance à l’invasion philosophique et militaire.

Je ne m’attarde pas sur les raisons de la non dénonciation des exactions de Kadhafi par le régime algérien. Les reconnaître aurait été reconnaître les siennes, bien que les deux systèmes soient d’organigrammes différents. Par contre, j’ai clairement été pour l’accueil d’une partie de la famille de Kadhafi, une fois à notre porte. Ne pas les accueillir aurait été le fait de sadiques inconscients. Dans la férocité de la bataille et le souvenir de ce qu’ils leur reprochent, à tort ou à raison, des Libyens les auraient peut-être lynchés. Je ne suis pas pour cette méthode. Si les membres de la famille Kadhafi doivent être remis aux Libyens, ils devront l’être dans un cadre légal, garant de leurs droits (oui, ils en ont) et du respect des lois internationales en la matière.

Déjà avant le printemps arabe, les relations algéro-libyennes n’étaient pas au beau fixe, entre autres à cause des fréquentes volte-face et frasques de Kadhafi. Lorsqu’il a décrit l’Algérie comme « une grande  révolution qui n’a pas donné ses fruits », il a soulevé un tollé de la part de journalistes algériens dont le faux patriotisme a fait nier la vérité. Qu’on se rassure, l’Algérie finira par reconnaître le CNT ou ce qui lui succédera et les relations diplomatiques reprendront tant bien que mal. Une question reste cependant en suspens.

Jusqu’à quand aurons-nous à surveiller nos frontières avec la Libye, maintenant qu’on dit la nébuleuse AQMI en train de prendre place dans le champ politique officiel libyen ? Nos forces armées surveillent déjà nos frontières avec le Maroc.

Il est temps de se réconcilier avec nos voisins et amis de toujours pour nous consacrer à surveiller nos frontières du Sud, derrière lesquelles a élu domicile un terrorisme se réclamant d’une religion qu’il ne représente pas. Il est temps de nous consacrer à la plus grande et la plus difficile des batailles, celle de la construction d’un avenir moins lugubre, avec le courage de reconnaître les erreurs du passé et le réalisme de dire les vrais chiffres et de préparer l’après pétrole. La vraie bataille se gagnera en permettant que se mettent en place de vraies réformes. Elle se gagnera en s’ouvrant sur les autres, ses voisins en premier et dans toutes les directions qu’imposent la géographie et l’Histoire. Elle ne se gagnera pas en se barricadant derrière un nationalisme mondialement obsolète ou en criant au loup du Nord afin de rassembler par diversion et redorer le blason de la décriée seigneurie.

A propos de ce loup imaginaire, des Algériens se mobilisent, des messages circulent sur Facebook pour se préparer à défendre son pays et des groupes se créent sur le même réseau. Défendre l’Algérie contre qui ou contre quoi ? La convoitise que suscitent les sous-sols algériens n’a pas attendu le printemps et leur défense, partielle ou totale, a commencé un certain 24 février 1971. Quant au loup, je dis qu’il est dans la bergerie depuis un demi-siècle et qu’il est poilu de laine.

Dans la foulée des révoltes et révolutions arabes, Bachar el-Assad tombera inéluctablement et les regards se tourneront encore plus vers l’Algérie. Les regards des Algériens avant ceux des autres. Aux gouvernants, je conseille de relire l’actualité en se limitant à l’année passée. Au peuple, je rappelle que la révolution n’abolit pas les privilèges et qu’elle les fait juste changer de mains. Alors, n’ayons pas peur du zoomorphe épouvantail local et menons la réforme, pas la guerre.

lundi 25 juillet 2011

Je quitte certains groupes Facebook


Depuis que je suis sur Facebook, je me suis trouvé dans une jungle qu’avaient déjà commencé à explorer ceux qui m’avaient précédé sur ce réseau social. Je me suis fait de nouveaux amis et j’en ai retrouvé d’anciens que j’avais perdus de vue.

L’euphorie de la nouveauté m’a poussé à adhérer à quelques groupes, dont, naturellement, ceux traitant de thèmes se rapportant à ma ville de naissance et de résidence, Constantine. Des amis m’ont inscrit, à mon insu mais de bonne foi, à d’autres. Cependant, à mon caractère réservé et solitaire, se sont ajoutés la rareté des publications qui m’intéressent et le foisonnement des postages. Ceci sans compter les discussions de groupe qui sont le plus souvent sans intérêt notable, même si la passion de leurs auteurs pour les sujets de discussion ne fait pas de doute.

Je n’aime pas laisser les choses en suspens et je me fais un devoir de jeter un œil et de commenter, éventuellement, les publications qui s’affichent sur ma page d’accueil. Ne pas le faire reviendrait à négliger les autres et je me détesterais si je le faisais. Je suis capable de discuter en même temps avec plusieurs membres, ce que je fais déjà régulièrement. Néanmoins, mon éducation me fait penser que je frise l’impolitesse parce que, lorsque je discute avec quelqu’un, il me faut me consacrer entièrement à lui, même si mon avatar figé ne lui permet pas de voir que mon regard s’est détourné.

A cause de cela, je me suis retrouvé à faire la course pour essayer de rattraper le fil de l’actualité Facebook et pour suivre toutes les discussions en même temps. Certains savent, peut-être, que j’entretiens deux blogs, dont l’un m’occupe plus que l’autre puisqu’il traite de l’actualité dans l’aire géographique méditerranéenne et même mondiale. Or, depuis que j’ai rejoint ces groupes, je ne me consacre plus suffisamment à ces blogs et la qualité de ma production en a connu quelques bémols. Les récents incidents se rapportant à certains groupes ne sont pas la cause de ma décision, ils en sont catalyseurs.

Il faut que mes amis Facebook sachent que j’ai été honoré de les connaître et que je tiens particulièrement à conserver leur amitié. Je continuerai avec plaisir à lire ce qu’ils postent et je prendrai plaisir à commenter ce qui m’interpellera. Je lirai, par devoir et avec intérêt, les commentaires que feront mes amis à propos de mes publications, sur Facebook ou sur mes blogs.

Pour certains membres de ces groupes, mon caractère réservé et mon appréhension à frapper aux portes, par peur d’être déçu, ne m’empêchera pas de leur demander de devenir mes amis. Ils pourront accepter ou refuser sans que cela ne génère malaise. D’autres membres de ces groupes méritent certainement qu’on s’intéresse plus à eux mais le hasard aura voulu qu’ils n’aient pas eu l’occasion de montrer leur vraie valeur. Je ne crois pas qu’on puisse bien connaître quelqu’un en quelques mois seulement. L’amitié réelle a besoin de temps, probatoire et solidifiant. Qu’ils m’excusent de ne pas avoir été suffisamment perspicace pour les découvrir et qu’ils sachent que je les perds avant même de les avoir connus.

Finalement, la seule chose qui changera est que je ne serai plus submergé par les messages de groupes. Ce qui est le but même de cette décision.

J’aimerais que l’on ne se méprenne pas sur mes motifs et je sollicite, auprès de tous, compréhension et indulgence.

dimanche 24 juillet 2011

Double attentat d’Oslo : 3 rappels à inscrire sur son mémo


Le double attentat d’Oslo du 22 juillet 2011 a fait 93 morts et 97 blessés et le bilan n’est pas définitif. La monstruosité de cet acte n’est pas à redire, mais des leçons peuvent en être tirées ou rappelées.

© AFP/Scanpix/Berit Roald

L’auteur de l’attentat, Anders Behring Breivik, chrétien norvégien proche d’un parti politique d’extrême droite, aurait agi seul mais en ayant pris soin de planifier son acte et de l’argumenter, depuis 2009. Dans un  document, intitulé « 2083, une déclaration d'indépendance européenne », posté sur Internet quelques heures avant l’attentat, Anders Behring Breivik, qui se définit, sous alias, comme « commandeur des chevaliers justiciers », déverse sa haine sur les immigrés et sur le « marxisme culturel » qu’il assimile au multiculturalisme.

Il fustige également les partis politiques qui ont soutenu l’immigration. Je dois des condoléances aux familles et proches des victimes, je ne m’étonne pas qu’il y ait des givrés comme Behring Breivik et je rappelle 3 choses. Je parle de rappeler, parce que ces choses, déjà dites presque à l’excès, ne trouvent pas encore suffisamment écho.

Anders Behring Breivik © AFP/Scanpix Norway

1er rappel : Imposé par le fait qu’avant que les autorités norvégiennes n’annoncent l’identité du terroriste, des internautes ont dénoncé un attentat islamiste. Cela en dit long sur ce qu’il faut dorénavant considérer comme un cliché classique. Comme en 2004, lorsque José María Aznar s’était précipité pour annoncer que les attentas de Madrid étaient dus à l’organisation basque ETA. Ce qu’il faut retenir c’est que rien n’est évident à l’avance et même pour le double attentat d’Oslo, il n’est pas impossible que l’enquête connaisse des coups de théâtre dans le futur.

2ème rappel : Les extrémismes sont aussi dangereux les uns que les autres. Pour les victimes, il n’y a pas de différence en fonction de l’identité du terroriste et les bombes n’ont pas de race ou de confession particulières.

3ème rappel : Le terrorisme ne peut être efficacement combattu qu’en collaboration entre les pays. Dans des cas comme celui d’Oslo, les différentes communautés doivent se donner la main pour combattre les extrémismes d’où qu’ils viennent. Ceux qui refusent d’aider ou de dénoncer, sous prétexte que le dénoncé est de leur race ou de leur tendance idéologique, sont tout simplement complices. Alors, qu’ils ne se plaignent pas d’être stigmatisés ou persécutés.

Simpliste attitude de ceux qui attribuent tous les maux de leur société aux autres, aux étrangers. Une attitude à laquelle n’échappent pas les Algériens. Un méfait doit être puni dans le cadre de la loi, quelle  que soit l’origine de son auteur.

Contradictoire attitude des partis nationalistes et populistes européens qui qualifient les flux migratoires vers leurs pays d’invasion. C’est le cas d’un certain parti extrême de France, qui crie à l’invasion de son pays par les Maghrébins mais qui n’a jamais condamné l’invasion du Maghreb par son pays. D’ailleurs, si tous les Français d’origine maghrébine décidaient de s’installer dans leurs pays d’origine, il resterait quand même des musulmans. Ceux qui sont bêtes pour s’être convertis et qu’on ne voit jamais à la télé, comme pour dire que l’islam restera toujours un fait d’étrangers. Je me demande ce que dirait ce parti politique si c’étaient ces Français de souche qui demandaient à disposer de mosquées. Ce ne serait pas mal du tout comme idée.

L’extrémisme n’en est pas à sa fin, la stigmatisation aussi. Il faudra malheureusement s’attendre à de nouveaux attentats de ce genre et à de nouvelles accusations gratuites. Voulus ou non, les facteurs d’attisement de la haine sont multiples. Les initiatives d’apaisement, elles, sont timides ou éparpillées. Avec les redondances de la crise financière mondiale, dont celle que connaît actuellement la zone euro, on aura de plus en plus tendance à croire que ce sont les autres qui sont la cause de sa paupérisation, même s’ils ont été auparavant cause de son enrichissement.


vendredi 22 juillet 2011

Ramadan, un sacré mois pour faire le plein


Le ramadan approche, il devrait commencer le 1er août 2011 (1432 de l’hégire). Je dis « devrait » car on ne sait jamais, des fois qu’un pays musulman entamerait son jeûne avant ou après. Quand je vois l’incapacité des pays musulmans à parler d’une seule voix, ne serait ce que pour l’annonce officielle du début du ramadan, je ris lorsque je les entends parler d’unité. Bon, je vais prendre cela pour une blague, comme on en aime tout spécialement durant ce mois de carême.

Dès qu’on parle de ramadan, on pense aux bonnes actions. Rien de plus normal. Justement, sur Yahoo-questions, on a posé une question en relation avec le sujet de cet article : Pourquoi les restos du cœur n’ouvrent-ils que pendant le ramadan dans les pays arabes ? J’ai répondu sur Yahoo puis j’ai repris la question et je l’ai postée sur ma page Facebook. Peu de réponses, en nombre inversement proportionnel au malaise.

Dans un article précédent, j’avais brièvement parlé des 3 types d’adorateurs de Dieu : ceux qui l’adorent pour bénéficier du Paradis, ceux qui l’adorent pour échapper aux enfers et, enfin, ceux qui l’adorent pour lui-même. Dans le cas de ce que cet internaute appelle « les restos du cœur dans les pays arabes », les généreux, qui sont à remercier, sautent sur cette occasion pour faire une aumône absolutrice pour les 11 mois restants de l’année. Un imam constantinois a interpellé plusieurs fidèles qui font le grand pèlerinage à La Mecque chaque année ou presque : « Pourquoi n’aideriez vous pas des pauvres, en leur finançant des micro entreprises ou en leur achetant des véhicules pour qu’ils deviennent taxieurs, par exemple ?».

Il faut que les musulmans sachent que le fait d’avoir le ventre vide n’agrandira pas le royaume de Dieu, ce qui ne veut pas dire qu’il faut arrêter de jeûner. Lorsqu’on jeûne, on jeûne pour soi. Lorsqu’on aide un autre à s’en sortir, on contribue à son bonheur, on permet à toute une famille de subvenir à ses besoins, on réduit le chômage et la délinquance. Que rêver de mieux ?

Parlons aussi de cette habitude de la hausse des prix. Sur ce registre, deux observations.

Une : La hausse des prix durant le ramadan obéit aussi à une règle classique, celle de l’offre et de la demande. De fait, beaucoup de jeûneurs se permettent plus de consommation, voire d’excès, pendant ce mois. D’où hausse relative des prix. En même temps, ces reflexes d’augmentation de la consommation ou d’amélioration de sa qualité indiquent une tendance à céder à ses envies, ce qui est en soi un tantinet contradictoire avec le principe de privation volontaire.

Deux : Le facteur mercantiliste joue également, plus que le premier, même. Pour preuve, depuis quelques années, les produits sont de plus en plus disponibles en Algérie, à prix accessibles ou non. Les Algériens achètent donc moins à l’avance et stockent moins. Or, le ramadan n’est pas commencé que les prix s’envolent. Ces commerçants Algériens n’y allant pas avec le dos de la cuillère, les hausses sont rarement de moins de 30%. Il parait que ça s’appelle « Le mois de la miséricorde ». Si c’est ça, la miséricorde !

Comme chaque année, ramadan sera l’occasion de faire le plein, de bonnes actions ou de dinars. Aujourd’hui, beaucoup de musulmans n’ont de lien à leur religion que leur localisation géographique. A force de limiter l’islam à sa liturgie, autrement appliquée sans intelligence, ils risquent de n’être que des chiffres parmi les statistiques confessionnelles mondiales et de mal représenter leur religion. Chez eux et chez les autres.

Statistiques ethniques en France, oui et non


Le débat sur les statistiques ethniques est relancé en France. Il est la suite attendue au débat sur l’islam et la laïcité auquel a succédé celui sur l’immigration. Les partis d’extrême droite se frottent les mains et pensent que la légalisation éventuelle de ces statistiques et leur publication permettrait de démontrer que les chiffres avancés par ces partis ne sont pas exagérément alarmistes, comme l’exemple des 50% de RMIstes qui s’avéreraient, peut-être, des émigrés, comme l’affirment certains.

La relance est liée au déplacement de 10 Français, élus de banlieue, vers les Etats-Unis où ils ont été séduits par les statistiques ethniques que les EU utiliseraient à bon escient. L’exemple le plus cité est celui de l’« Affirmative Action », ou discrimination positive, qui aurait permis à Barack Obama de devenir président. Ces statistiques permettraient d’user de parité et de quotas afin de mieux proportionner la représentation ethnique dans l’administration et dans le monde du travail d’une manière générale. Ceux qui disent l’inutilité des statistiques ethniques arguent que si la parité pouvait être facilement mise en place, les femmes seraient plus représentées dans les institutions françaises.

La discrimination positive est une arme à double tranchant. Elle permettrait, en théorie, de donner un coup de pouce aux marginalisés afin qu’ils rattrapent le retard ou le réduisent. En même temps, elle pourrait obliger à favoriser un candidat à un poste donné alors qu’il n’est pas le meilleur. La qualité s’en ressentirait inévitablement et la prédominance de la considération sociale sur la professionnelle serait évidente. La même observation est valable pour la parité, d’ailleurs.

Pour les chiffres ethniques, la réalité contredit les détracteurs. On voit régulièrement sur les média, des intervenants user de ces chiffres. Cela a été le cas juste après les explications d’Eric Zemmour à propos du contrôle policier d’identité sur la base du faciès. Ce qui avait été qualifié de glissade, avait déclenché une marée de chiffres sur les origines des populations pénitentiaires en France. De toutes les façons, il est difficile de croire que des statistiques ethniques n’existent nulle part. Si c’est le cas, on se prive d’un outil vital pour évaluer les différentes politiques d’intégration et d’insertion, à échelle nationale, régionale ou locale.
Si un peu de discrimination positive serait utile, notamment pour favoriser certains dans des domaines qui ne demandent pas de formations particulières, en abuser serait synonyme de nivellement par le bas. Une diminution assurée de la qualité dans les recrutements.

La véritable solution, avec ou sans statistiques ethniques, est de faire comprendre à tout le monde que les sociétés évoluent. La solution n’est pas de rêver à des jours antérieurs plus blancs, elle est de construire avec ce qu’on a.


mercredi 20 juillet 2011

La solitude malgré Facebook



Les gens sont de plus en plus seuls. Malgré la facilitation des moyens de communication et la multiplication des réseaux sociaux comme Facebook. En fait, les gens ne se sentent pas vraiment seuls, ils se sentent abandonnés et marginalisés.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes souffrent aussi de solitude dans le monde. Une étude de la Fondation de France, pour ne citer que cet exemple, constate que : « L'isolement relationnel en France est d'une ampleur considérable : il concerne 9% de la population de plus de 18 ans ». Selon un sondage TNS-Sofres mené avec SSVP et La Croix, souffriraient de la solitude 52% des 18-24 ans et 58% des 25-34 ans, contre 42% des 65 ans et plus. En Algérie, ces chiffres n’existent pas ou ne sont pas disponibles.

© ROMAIN CHAMPALAUNE/SIPA/SIPA


La médiatisation des évènements du monde ajoute au sentiment de solitude. On se sent tellement petit face à ce qui se passe au quotidien et on voit mal comment on pourrait attirer l’attention sur soi dans cette jungle médiatique où n’ont droit de cité que quelques chanceux souffrants ou quelques heureux ou malheureux people. Comment rivaliser avec Lady Gaga alors qu’on chante et qu’on se déhanche merveilleusement bien face à son miroir ? Comment dire sa valeur aux autres sans risquer de passer pour un prétentieux ? Pas facile.

Sur Facebook, n’importe quel détenteur de compte pourrait, s’il le voulait, se faire une dizaine de nouveaux amis par jour. Dans les faits, combien d’amis qui se sont connus sur Facebook sont-ils vraiment devenus amis, c’est-à-dire à concours d’entraide, d’intimité ou de complicité ? La plupart se contentent de jeter un œil sur ce que poste tel ou tel adhérent « ami » puis de cliquer, éventuellement, sur l’onglet « J’aime », comme on esquisse un sourire de complaisance à une personne qu’on rencontre pour la première fois de sa vie. De ce point de vue, les réseaux sociaux comme Facebook sont des miroirs aux alouettes. Sans parler de l’obligation de demander à un ami, qu’on connaît depuis longtemps, s’il veut bien qu’on devienne ami. Merci Zuckerberg !

Sur le même Facebook, les femmes ont presque toujours plus d’amis que les hommes. Allez savoir pourquoi … En revanche, les hommes non célèbres qui ont le plus d’amis sont les plus seuls. Ils passent leurs temps à demander à d’autres personnes de devenir leurs amis, sans quelconque affinité. Une façon de se sentir moins seul. Et puis, comment font les membres Facebook, qui ont des milliers d’amis, pour suivre le fil d’actualité ? C’est tout simplement impossible à faire.

Aussi, beaucoup de ceux qui sont sur Facebook ont des pseudos bizarres, voire vantards. Cependant, le pseudo n’est pas si trompeur que ça. Il traduit souvent un fantasme ou un état d’esprit, momentané, peut-être, mais révélateur. On pourrait penser que ça permettrait de se protéger de l’agressivité des autres et de la prédation intersexuelle. En tout cas, ça permet aussi de se cacher pour commenter en injuriant. Commode mais lâche, dans ce cas. Et ces collections d’avatars, chez une même personne, parmi lesquels aucun ne représente vraiment les traits de ladite personne. D’ailleurs, personne n’est moche sur Facebook et personne n’est gros. Pourtant, les moches et les gros, il y en a, et ils ont le droit d’avoir des amis, comme tout le monde.

Je sais que certains de mes amis Facebook vont m’en vouloir après cet article mais je m’en voudrais encore plus si je ne leur disais pas ce que je pense. Sans se laisser leurrer par ces réseaux sociaux, il faudrait être soi-même et saisir les occasions de se rencontrer, pour de vrai.