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mercredi 2 avril 2014

Bouteflika n’est pas l’Algérie


On craint que la visite de John Kerry, ces 2 et 3 avril, n’influe en faveur d’un quatrième mandat pour Bouteflika. Comme si les Etats-Unis allaient observer de loin nos présidentielles, avant de féliciter le gagnant et de travailler avec lui.

D’abord, s'ils préfèreraient travailler avec Bouteflika qu’avec un inconnu, son état de santé est un facteur à risques et le scénario où il serait réélu et ne terminerait pas son mandat ne peut pas avoir été négligé. Puis, il y a le Sahel, le Sahara occidental, le différend qataro-saoudien, les négociations israélo-palestiniennes, la Syrie et l’Ukraine.

Les puissances continueront à se faire la course aux ressources et aux marchés et ça ne suffira pas à résoudre leur endettement. Les Algériens peuvent en faire un avantage mais ils doivent comprendre que le principal problème est interne. Ces jours-ci, nous entendons des partisans de Bouteflika dire qu’ils voteraient pour lui vivant ou mort. Nous les entendons nous demander de choisir entre lui et la démocratie. Nous entendons son directeur de campagne se demander « Comment ne serait-il pas béni, alors que les pluies en cette campagne électorale annoncent de bonnes récoltes ? ». Nous entendons des artistes chanter Notre serment pour l’Algérie et y dire qu’il a « tenu la promesse d’un million et demi de martyrs », puis certains d’entre eux qu’ils croyaient chanter pour le pays et non pour le président. Paroles absurdes ou destinées à ceux qu’on prend pour des imbéciles, le fait qu’elles soient parfois dites du fond du cœur indique que nous sommes encore tribalistes.

Les intéressés-patriotes ne doivent pas récupérer ce qui est à tout un peuple. Quoi que fasse l’Algérie pour aider à solutionner les questions mondiales de l’heure, son action sera au bénéfice du pays et non pas au bénéfice d’un président donné. Bouteflika peut demander le Nobel de la paix ou l’aura de Houari Boumediene, il ne sera jamais l’Algérie à lui tout seul.


Hichem Achi

jeudi 6 mars 2014

Des épouvantails et des œillères


En Algérie, l’actualité politique de ces derniers jours ne prête pas à sourire. Avec un certain retard, sans doute par ras-le-bol et peut-être par infuse dose de défaitisme, je condamne la bastonnade et le fichage des manifestants pacifiques anti quatrième mandat. Mais quoi après la condamnation ? Participer aux présidentielles cautionnera la mascarade électorale et les boycotter n’empêchera pas de gonfler le taux de participation.

Comme à tous les rendez-vous, on titille la fibre patriotique en évoquant la convoitise étrangère, comme si nos richesses n’attiraient pas entre deux élections. En même temps, se plante un autre épouvantail, local, celui-là. Ali Belhadj, ex numéro deux du FIS dissous et qui voudrait se présenter.

Malgré la candidature de Bouteflika et les 32 parti(e)s politiques qui la soutiennent, le véritable candidat du système n’est pas encore définitivement identifié. Le fichage des manifestants pacifistes est une façon de prétendre que Bouteflika est le candidat du système. De même, le vol des signatures de soutien au candidat Rachid Nekkaz ne nous dit pas qu’il avait des chances d’être élu et qu'il faisait peur. Il nous dit que, s’il avait une chance, c’est que le scrutin ne serait pas si truqué que ça et qu’il faut y participer.

La solution n’est pas de voter massivement le tout sécuritaire pour faire barrage à la théocratie. Elle n’est pas dans la participation massive pour bloquer un candidat du système et en permettre un autre. Elle n’est pas dans le simple boycott. Dans le passé proche, le régime n’a eu vraiment peur que deux fois, de la désobéissance civile envisagée par le FIS dissous et de la rencontre historique de Sant’Egidio où aucun participant n’avait trahi. Aujourd’hui, en l’absence de plateforme civile fiable, c’est individuellement mais publiquement qu’on doit faire savoir qu’on boycotte.

Plus essentiel que cela, il faut se poser des questions. Pourquoi est-ce que rien n’a marché depuis l’indépendance ? Pourquoi est-ce que les Algériens affectionnent de plus en plus les photos en noir et blanc de leur pays ? La République que nous voulons est-elle adaptée à notre réalité ? Si un jour un candidat non issu du système est élu, pourra-t-il enclencher le changement que les Algériens refusent par leurs pratiques quotidiennes ? Le pot-de-vin, le favoritisme et le non-droit sont des pratiques de la société civile et pas seulement des gouvernants.

On pourrait se dire que le temps est la solution. C’est-à-dire que, contrairement à leurs parents, les enfants des anciens moudjahidine ne savent pas commander une armée. C’est-à-dire que la biométrie finira par rendre impossible le trucage des scrutins. Seulement, a-t-on le temps ? On doit continuer à dénoncer et à critiquer, pour rendre les dépassements plus difficiles, donc moins nombreux. Plus important, il faut relire son Histoire contemporaine et étudier le melting-pot. Démocratie ou pas, le peuple ne sera jamais au gouvernail et n’aura jamais d’asile, dans son pays ou sur une quelconque île paradisiaque. Il endossera toujours la dernière responsabilité et en paiera le prix. Un prix que les hydrocarbures n’arriveront bientôt plus à compenser.

Même si je deviens puissant, je concèderai son droit à qui de droit. Même si je reste pauvre, je n’accepterai de pot-de-vin de personne. Et, cette fois encore, je n’irai pas voter.


Hichem Achi

lundi 27 janvier 2014

Quel sera le métier du prochain président de la République ?


L’animateur des anciens Comités de soutien à Bouteflika affirme que ce dernier a décidé de ne pas se représenter pour un quatrième mandat. Ce serait « l’imposteur politique Amar Saïdani » et « les lobbies de l’argent sale » qui le pousseraient à le faire. Première question : Si on veut maintenir Bouteflika à la présidence pour faire de l’argent sale, cela signifie-t-il qu’on en faisait durant ses trois mandats ? Deuxième question : Pourquoi Bouteflika n’a pas réussi à vaincre ces lobbies, à supposer qu’il les ait combattus ? Troisième question : Si Bouteflika n’est pas le candidat du système, qui l’est ?

Parallèlement, on vient de publier une liste de ceux qui ont retiré le dossier de candidature, et dont aucun ne sera président de la République.



Ça pourrait être un fake. Pour une fois, je fais avec et je vais essayer de mettre un peu d’ordre en regroupant par similitudes. Les métiers cités figurent bel et bien sur la liste et les allusions tournent autour des métiers en général et non des personnes. Enfin, pas toutes.

  • L’écrivain rapporte ce qu’il scrute dans les salons, l’écrivain public rapporte ce qu’il scrute dans la rue.

  • Le gérant de station-service vend du mazout, le marchand de légumes vend des pastèques dopées avec.

  • Le marchand ambulant ne déclare pas son activité, le chômeur est déclaré statistiquement actif.

  • La sage-femme annonce sans cesse des naissances locales, la femme sage annonce sans cesse des complots étrangers.

  • L’avocat ne défend pas les moutons, le vétérinaire veille à la conformité de leur abattage.

  • L’instituteur se fiche de ceux qui n’auront pas le bac, le professeur d’université n’a pas le bac et s’en fiche.

  • Avec un logiciel craqué par l’informaticien, l’architecte conçoit des cages à poules dites logements, l’entrepreneur les bâcle, le peintre en bâtiment les peinturlure, l’ingénieur agrée leur non-conformité, le promoteur immobilier plume les acquéreurs avec, le directeur général de banque qatarie les plume tous.

  • L’ex conseiller à la Présidence propose qui nommer au Sénat pour lever la main, l’ex sénateur lève la main avec ou sans proposition, le militaire retraité conseille fortement de le faire.

Ça amuse un peu. Ça inquiète en voyant comment les Algériens prennent cette fonction à la légère. C’est qu’ils constatent que, malgré une fin de mandat toujours pire que son début, le président a des opportunités, des fans, l’immunité et le salaire à vie. Les présidentiables s’ajouteront à la liste dans les prochains jours et le problème est qu’ils sont issus d’un système qu’ils n’ont dénoncé qu’une fois éjectés. Si vous vous retrouvez dans tout ça, allez voter.


Hichem Achi

mardi 21 janvier 2014

Beaucoup de coups sont permis

Dans le quotidien algérien El Khabar de ce 21 janvier 2014, Yacef Saadi accuse Zohra Drif d’avoir livré Hassiba Benbouali et Ali la Pointe à l’armée française, lors de la bataille d’Alger en 1957. Ce dont certains l’accusent lui. Yacef Saadi parle de deux lettres dans lesquelles Zohra Drif aurait tenté de dissuader Hassiba Benbouali et qui seraient archivées en France. Ces archives, réclamées occasionnellement et mollement à la France, contiennent sans doute d’autres bombes à retardement. La colonisation et la guerre d’Algérie ont formé deux nations qui contredisent la nationalité. Chacune habite les deux rives, là est la clé. Dans le même entretien, on lit que Bouteflika lui aurait dit vouloir passer le reste de sa vie au pouvoir. A ce passage, les présidentielles relèguent le règlement de comptes entre anciens combattants. Yacef Saadi n’a plus peur des mêmes.

Faisant depuis longtemps fi de Saadi et des critiques, revoilà Bouteflika annoncé médicalement apte à la continuité, après avoir délégué un Premier ministre mauvais locuteur mais bon signataire de chèques calmants. Faut-il un Bouteflika pour réconcilier les ibadites et les sunnites qui se tapent dessus à Ghardaïa en ce moment ? Faut-il plus de tamazight au Nord et moins au Sud ? Plus de contrats pour les multinationales ou plus de frontières ouvertes pour les contrebandiers locaux ?

Si le Printemps algérien est le plus long de tous, c’est que l’Algérie doit manœuvrer entre vents de mer, d’océans et de sable. Les présidentielles sont prévues pour le 17 avril prochain. Entre vieux de la vieille, même pas retoilettés, et lièvres démasqués ou émigrés, les programmes sont aussi vertueux que ceux des campagnes précédentes. Les rares candidats qui modifient des choses n’ont aucune chance ou n’ont aucune chance parce qu’ils modifient. A ce jour, l’abstention reste l’attitude la plus saine. A défaut d’élire, elle délégitimera le prochain désigné élu. S’il sera tenté de s’en passer, il saura que nous savons et se tracera la ligne à ne pas franchir. Or, après autant de célébrations du 16 avril Journée du savoir, nous savons toujours si peu. La date du 17 serait un hasard ou un signe. Par temps d’augure, c’est la même chose.

Hichem Achi

vendredi 14 juin 2013

Le massif préélectoral

Un sondage des intentions de vote, pour les prochaines élections présidentielles algériennes, a été réalisé en ligne, par Jeune Afrique, entre le 3 et le 12 juin 2013. Je m’interroge sur sa commande, sa fiabilité et son interprétation. Néanmoins, il est possible d’en tirer des choses.

D’après les sondeurs, il y aurait eu fraude en faveur du candidat du Msp (Mouvement pour la société de la paix). Le fait que les internautes fraudeurs se trouvent aux Etats-Unis n’étonne pas, ce pays nous conseille bien l’islamisme en nous donnant les exemples, tunisien, égyptien et libyen. Le Msp n’a pas de candidat de taille et son ancien président a pris trop de kilos, une fois devenu ministre, pour rester crédible. Dans les trois premières positions, le sondage donne Ali Benflis (87 %), Ahmed Benbitour (2 %) et Abderrezak Mokri du Msp (1 %). Quel que soit le degré de fiabilité de ce sondage, ce score de 87 % retient l’attention.

Si ce score est fiable, il voudrait dire que les Algériens aiment toujours ce qui est massif. Benbitour l’intègre a démissionné de son poste de Premier ministre en 2000, et il est déjà sur le terrain avec des propositions. Seuls 2 % l’auraient remarqué ? Benflis s’était classé deuxième en 1994, avec 6,42 %. Comment expliquer qu’il ait obtenu 87 %, alors qu’il se prépare dans le secret et qu’on ne connaît rien de son programme ?

Après la fraude, ce sont l’idéologie et les promesses, même irréalisables, qui ramènent le plus de voix. Beaucoup plus que le détail des programmes. De fait, durant les émissions télévisées des premiers temps du multipartisme, peu de questions étaient techniquement embarrassantes. Depuis, les candidats ne sont plus embarrassés et font somnoler ceux qui les regardent. La biométrie pourrait aider à contrôler les listes des électeurs, mais rien ne vaut la conscience et la vigilance.

Dans les scrutins à deux tours, on est censé choisir au premier et éliminer au deuxième. Les Algériens éliminent dès le premier tour. C’est le caractère du prédisposé à l’extrémisme, de celui qui donne le tout et ne nuance pas, qui interdit et ne tolère pas, et ce caractère se ressent dans les rapports sociétaux. On se rappelle des législatives de 1991 où, au premier tour, ils avaient voté pour le Fis (aujourd’hui dissous). Même si on ne peut pas se fier totalement aux scores finaux, la tendance était palpable dans la rue et le vote étonne par son taux (81,38 %) plus que par la volonté de sanctionner le régime de l’époque. Eliminer dès le premier tour a pour inconvénient de ne pas permettre aux candidats de se positionner réellement entre deux élections, alors qu’ils en ont besoin pour établir leurs tactiques à venir.

Si, par contre, le score de 87 % est l’œuvre des fraudeurs officiels, il voudrait dire deux choses. D’une, que ces fraudeurs savent que le peuple aime les scores lourds et ils ne se priveront pas de lui en servir. De deux, que ces fraudeurs miseraient sur Benflis, ce qui ne ferait pas nécessairement de lui le candidat du régime. Le candidat du régime c’est celui que soutiendront les syndicats, les organisations nationales et les partis satellites. En attendant de découvrir qui sera le héros du prochain vaudeville électoral, je ne sais pas si j’irai voter. Je cautionnerais le régime ou l’esprit populaire. Peut-être les deux. Les deux à la fois, c’est ça le véritable système.


Hichem Achi