mardi 7 juin 2011

Média conscience arabe


Ça s’enlise en Libye. Le G8 confirme sa détermination et persuade ses membres réticents pendant que Kadhafi s’entête en bon bédouin et n’oublie pas de prévoir sa sortie, au cas où. Cependant, le cas de la Libye est spécifique car le régime a formé des cadres universitaires mais ne leur a pas beaucoup permis de briguer des mandats régaliens. Le pouvoir réel étant tribal derrière Kadhafi. Un cas unique au monde qui explique que la Libye soit le seul pays au drapeau monochrome. La question qui se pose est celle de savoir quel système de gouvernance pour succéder au Guide et, surtout, qui. Au sommet et en dessous.

Au Yémen, on s’étonne que la misère du peuple n’ait pas poussé à se révolter avant. Un tiers de siècle de pouvoir absolu n’a pas suffi à Ali Abdullah Saleh et son départ précipité pour se faire soigner (?) en Arabie Saoudite ouvre une voie devant l’incertitude et la désorganisation.

En Syrie, le clan de Bachar el-Assad jure ne pas être responsable des tueries. Il accuse Israël, les Etats-Unis, le Liban et l’Arabie Saoudite de vouloir le déstabiliser à cause de son soutien au Hezbollah libanais, un des pires ennemis d’Israël. Il est vrai que certaines « faits » ne convainquent pas facilement, comme l’image de cet adolescent torturé et rendu à sa famille. Quel tortionnaire commettrait une telle bêtise ? Nul doute qu’il y a tentative de déstabilisation mais il ne faut pas s’emballer. Il ne faut pas ériger les uns ou les autres en uniques victimes pour passer outre les dépassements bilatéraux.

Que ceux qui légitiment l’actuel régime syrien disent comment la constitution syrienne a été amendée ad hoc (en 2000) pour permettre au fils de succéder au père sans avoir l’âge légal de 40 ans, le tout dans une république non héréditaire… Qu’ils disent pourquoi cet Etat de droit est resté en état d’urgence pendant 48 ans. Quant à ceux qui justifient le maintien de l’actuel système syrien par son utilité à équilibrer les forces dans la région, qu’ils disent pourquoi la Syrie n’a pas empêché l’implantation des colonies israéliennes en territoires palestiniens et n’a pas réussi à briser l’embargo israélien sur la bande de Gaza. D’ailleurs, la Syrie n’a même pas pu recouvrer son plateau du Golan, occupé depuis 1967 et annexé en 1981 par Israël.

Le bon sens n’est pas de donner raison à Bachar el-Assad sur tout ce qu’il fait, sous prétexte qu’il fait des misères à Israël. Le bons sens n’est pas, non plus, de donner raison aux révolutionnaires sur tout ce qu’ils font, parce qu’ils sont privés de droits. Le bon sens est de calmer pour trouver une solution pacifique qui produira le moins de victimes et de dégâts. Une solution qui donne des acquis progressifs car ce sont les acquis progressifs qui ne sont pas remis en cause après chaque élection plébiscite. Il faut garder à l’esprit que celui qui remplacera Bachar el-Assad, Kadhafi ou Saleh sera un être humain, lui aussi. Donc sujet à la tentation. La chute anormalement rapide du président tunisien est la preuve de la persistance des systèmes qui veilleront toujours à faire sauter quelques fusibles avant que ne grille tout l’appareil. Le fait que Ben Ali lui-même était un révolutionnaire, dans son genre, qui avait renversé Bourguiba pour « redresser » la Tunisie, prouve que les privilèges changent de mains mais ne disparaissent pas. Alors, au lieu de déshabiller Pierre pour habiller Paul, il faudrait s’interroger sur les véritables garanties de libertés et d’Etat de droit. L’ultime rempart contre les dérives, le dictat et la tyrannie n’est pas l’armée, c’est le peuple et la première arme du peuple est sa conscience. Or, c’est précisément cette conscience qui manque dans les pays arabes et qui fait dire à certains que ces pays sont incompatibles avec la démocratie.

Parallèlement à ces révoltes et révolutions, se déroulent d’autres batailles, susceptibles d’influer et/ou d’infléchir. Ce sont les batailles médiatiques. Par réseaux formels et informels, les informations se succèdent et se contredisent.

Attendue en bonne place dans ces évènements, la chaîne télévisée Al Jazeera. Elle qui avait gagné ses lettres de noblesse en rompant avec la langue de bois des autres chaînes arabes. Celles qui versaient dans le « tout va très bien » et qui tentaient de minimiser les effets de l’invasion de l’Irak (par exemple) pour ne pas faire rougir les commanditaires et ne pas faire tirer les oreilles des journalistes. Pour cette rupture avec la langue de bois et pour avoir eu l’exclusivité des communiqués « officiels » d’Al-Qaida, Al Jazeera a été adulée. Jusqu’aux courants évènements en Syrie, grâce auxquels les téléspectateurs ont découvert que la chaîne n’est pas aussi impartiale qu’on le croyait.

Al Jazeera n’est pas neutre et ne le sera jamais, comme ne le sera jamais aucune chaîne télé. Pour pouvoir se faire une idée plus ou moins claire sur les évènements dans le monde, il ne faut pas se suffire d’une seule source. Il n’est pas réaliste d’attendre de cette chaîne qu’elle aille à l’encontre des intérêts de son Emir propriétaire, donc à l’encontre des intérêts du Qatar. Déçus ou en colère, beaucoup d’Arabes la regardent moins et se tournent vers France24. Du moins les Algériens. France24 dont on se méfiait à son lancement en 2006, n’arrête pas de gagner régulièrement en audimat. Le succès n’est pas uniquement du aux déceptions ou aux boycotts, il est le résultat d’efforts et d’une ligne éditoriale sage, qui se veut le regard de la France sur le monde et non pas la voix de la France dans le monde. Seuls peuvent lui nuire les clivages internes.

Al Jazeera avait été lancée en 1996 pour se libérer de la mainmise des chaînes télé saoudiennes dans la région. Depuis la fin du califat d’Istanbul, l’Arabie Saoudite n’a pas cessé d’essayer de s’octroyer le leadership parmi les pays arabes et musulmans, sous prétexte qu’elle est la patrie de Mahomet (qsssl). Ses tentatives d’aligner les pays du Golfe, en premier lieu, sont sabordées par des initiatives comme le lancement d’Al Jazeera. Autrefois alliés ou soumis à l’empire ottoman qui occupait l’Arabie, aujourd’hui opposés à l’expansionnisme israélien, les Arabes du Nord n’ont pas fini d’être un caillou dans la sandale du royaume saoudien. A cause des intérêts géostratégiques que présente le royaume, ce ne sont pas les Lawrence d’Arabie qui manquent et ils n’ont pas tous les yeux bleus.

Heureusement que les chaînes télé saoudiennes n’ont pas le monopole. Avec un peu de chance ou de malchance, des JT wahhabites seraient présentés par des speakerines gantées et en voile intégral et des spots publicitaires vanteraient le tourisme de luxe destiné à séduire ceux qui spolient leurs peuples, comme Ben Ali ou Ali Abdullah Saleh. Lorsqu’ils voient que le mot « dégage » n’est pas brandi en face des monarques, les présidents arabes doivent regretter de ne pas s’être fait couronner ou doivent rêver de cartes de séjours permanentes à Riyad. Excursions d’absolution, vers la Mecque, en option.

Les Arabes doivent tirer les enseignements nécessaires de la vie de Mahomet (qsssl). Ce dernier aurait pu demander à Dieu de foudroyer ceux qui torturaient les siens. Pourtant, il ne l’a pas fait, parce que le changement par la violence ne peut qu’amener la violence. Le véritable changement est celui qui gagne les esprits et les rends conscients que l’effort doit être quotidien et individuel avant d’être collectif. Les mécontentements quotidiens des citoyens ne sont pas tous dus à leurs gouvernants. Ils sont souvent dus à d’autres citoyens qui oublient que les devoirs de chacun sont les droits des autres et que ses droits à soi sont les devoirs des autres. Or, tout le monde veut le changement mais ne veut pas changer, lui.

Il faut que les Arabes se réveillent. Aucun régime de gouvernance au monde n’est et ne sera parfait. A l’heure où les multinationales préparent un nouveau traité de Tordesillas pour les pays arabes, il est salutaire de faire prévaloir la raison sur le cœur. Le nombre des futures années d’instabilité sera proportionnel au volume de sang versé et les pays arabes connaîtront, à coup sûr, de nouvelles désillusions. Alors, il est l’heure de s’indigner mais dans le calme. Je sais qu’il est difficile d’allier les deux, mais, seuls ceux qui surmontent les difficultés méritent d’être libres.

lundi 6 juin 2011

Les énergies se renouvellent en Euro-Méditerranée



Le monde a assisté dans l’impuissance à la catastrophe nucléaire (entre autres) qui s’est abattue sur le Japon. Apeuré au point d’en avoir un peu oublié que l’urgence était d’aider les Japonais même quand la décence de ces derniers les empêchait de crier au secours. Cette catastrophe aura remis sur la table la question de l’énergie de demain et à quelque chose malheur est bon.

L’Allemagne vient d’annoncer qu’elle va progressivement abandonner le nucléaire civil d’ici à 2022. Quand on sait qu’elle exporte de l’électricité vers les pays voisins, on s’attend à ce que les marchés euro méditerranéens de l’énergie en soient totalement bouleversés. Vont également abandonner le nucléaire, la Suède et la Suisse, l’Italie et la Belgique peut-être.

La France, pays européen le plus nucléarisé, n’envisage pas d’abandonner le nucléaire, pour des raisons d’autonomie. Pour elle, le risque à court terme est moins lié à l’approvisionnement qu’au mécontentement de sa population qui subira directement la hausse du prix de l’électricité et les délestages hivernaux. Sans compter la hausse des prix des produits domestiques et industriels, du fait de l’augmentation de leurs coûts de production, d’acheminement et de conservation. Les données pourront être retournées à son avantage si elle sait exploiter ce filon énergétique pour vendre son électricité nucléaire à prix fort, à l’Allemagne et à d’autres, et si elle réussit à persuader de son savoir-faire pour installer des centrales nucléaires dans les pays demandeurs, ce que sait aussi faire l’Allemagne. La concurrence entre Allemands et Français n’a pas fini de créer des tensions et de mettre à mal l’Union continentale, déjà éprouvée par la crise monétaire et la désolidarisation Nord-Sud dans la gestion des crises régionales.

La Russie est gagnante à cette annonce. Premier détenteur mondial de gaz naturel avec 25,02% des réserves, elle revient ainsi au premier plan desdits marchés et renforce sa position parmi les pays les plus puissants, comme au sein du G8. En plus du gaz et de la puissance nucléaire militaire héritée de la guerre froide, sa force résidait essentiellement dans la permanence de son siège au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU. En plus clair, son veto potentiel, qu’elle brandit ou met dès qu’il s’agit de ne pas s’aplatir devant les autres membres permanents.

L’Algérie aussi a du gaz naturel et détient 2,37% des réserves mondiales prouvées. En plus, elle a l’avantage de disposer d’un territoire vaste de plus de 2,3 millions de km2 où abondent le soleil et la silice, nécessaire à la fabrication de panneaux solaires. On constate un tardif mais bienheureux réalisme sur la stratégie énergétique algérienne. La visite du président algérien en Allemagne en décembre 2010 s’inscrit dans ce cadre et les promesses de coopération sont dites prometteuses, en particulier avec le projet Desertec qui sera piloté par des entreprises allemandes. Nécessairement, parce que les entreprises algériennes découvrent à peine le secteur après avoir oublié les autres, excepté celui de l’import.

L’Algérie a apparemment compris que ses réserves de pétrole ne sont pas inépuisables et que même si elle n’est pas encore à sec, il est plus que temps de diversifier ses sources d’énergie, en développant le solaire et l’éolien et en procédant à la construction de centrales nucléaires. D’autant que sa géologie et son aménagement du territoire ne rendent insoluble le problème de l’enfouissement des déchets radioactifs. Tout aussi rassurant, la Méditerranée ne présente pas de risques de tsunamis dévastateurs comme au Pacifique [1]. Les problèmes qui se poseront à elle pour sa stratégie nucléaire seront les sources de financement de ces nouvelles installations et l’eau nécessaire au fonctionnement de ses centrales. Pour le financement, il faut savoir qu’une centrale nucléaire coûte en moyenne 750 millions d’euros et que le coût prévu pour développer les énergies renouvelables sur 20 ans est de 62 milliards de dollars pour l’Algérie. Il sera toujours possible de trouver des solutions, quitte à cofinancer puis à exploiter en partenariat. Pour l’eau, le problème est plus difficile à résoudre. Je présume que les spécialistes ont pensé à ça lorsqu’ils ont conseillé de construire des centrales mais j’ai peur que ce ne soit juste du pompage depuis la grande nappe arlésienne du Sud. Tout le monde sait qu’elle est non renouvelable et des durées d’exploitation comme celle annoncée par la Libye (4000 ans), sont peu crédibles, même à faible débit.

Certains analystes croient le projet Desertec irréalisable. Nonobstant, les puissances occidentales encourageront l’Algérie à le mener à terme. D’abord parce qu’elles auront besoin d’énergie (15% de leurs besoins en 2030), puis parce que les énergies renouvelables sont stratégiquement moins problématiques que le nucléaire. Ce dernier présentant un risque dans la considération d’une montée de l’islamisme politique, surtout en ce printemps à soubresauts et aux lendemains incertains. D’ailleurs, aucune centrale nucléaire ne pourrait aujourd’hui être construite dans un pays instable sans l’aval des puissances du monde. On se rappelle les blocages du nucléaire iranien en dépit des garanties techniques de la part des Russes, la position de l’Iran vis-à-vis de son voisin israélien compliquant les choses à souhait. En Algérie les réformes politiques et sociales s’entament devant une opposition sceptique et, dans l’attente de savoir ce que donneront ces réformes et qui succèdera à Bouteflika, l’occident restera dans le Wait and See. D’ici là, il faudra se faire une raison et reporter la construction de centrales nucléaires pour plus tard. L’horizon 2020, avancé par le précédent ministre algérien de tutelle, est totalement impossible à honorer. Certains pensent même que l’Algérie n’aura jamais de centrales nucléaires et que le soutien de Barack Obama n’est que complaisance à visées contradictoires.

Justement, a propos du danger potentiel que représente l’islamisme en Algérie, le mouvement le mieux organisé, à savoir les Frères Musulmans, a complètement changé de stratégie. Entre ses deux tendances, l’a emporté celle qui prône la participation au pouvoir et le changement depuis l’intérieur de la citadelle. Hier frontalement opposés au régime, ils en sont aujourd’hui les alliés et ils ont réussi, de ce fait, à se rendre moins dangereux. En théorie. En pratique, la suspicion est toujours présente et l’alliance gagnant-gagnant (?) n’est que conjoncturelle. Le point d’interrogation mis entre parenthèses est pour dire que la stratégie des Frères Musulmans n’a pas permis de changer le système et, en plus, qu’elle a sensiblement décrédibilisé le mouvement aux yeux de la population.

Pour le système, le danger réel ne vient pas des islamistes, maquisards ou régaliens. Il peut venir de la population car la faiblesse du plan de relance économique entamée par Bouteflika n’aura pas réussi à ériger la décennie noire en épouvantail anti émeute. Le printemps n’a pas été le premier à le prouver et les émeutes qui l’ont précédé, à Alger et ailleurs, en sont la preuve. Le danger peut également venir des circuits internes où complots et coups d’Etat peuvent être fomentés ou montés. Les vendeurs potentiels de centrales nucléaires à l’Algérie sont conscients de ces risques et gardent toujours à l’esprit la possibilité de « désactiver de l’extérieur » les centrales qu’ils auront éventuellement installées.

Quant à la sécurité de telles installations, elle amène à parler du terrorisme. Or, celui-ci semble délaisser progressivement les motivations idéologiques pour s’orienter vers un banditisme mercantiliste qui menacera de sabotages et d’enlèvements de ressortissants. Les revers que font subir les Etats-Unis à Al-Qaida favoriseront cette mutation. Le plus grand terrorisme du XXIe siècle sera économique et sera mondial. Quant au terrorisme idéologique, il sera le fait d’individus ou de groupuscules altermondialistes et extrémistes à la fois.

Plus globalement, l’humanité peut-elle vraiment se permettre de tourner le dos au nucléaire ? Les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl (1986) et leurs conséquences politiques poussent à répondre par oui mais je ne crois pas que cela soit réaliste. Dans les discours politiques de la planète, la dimension écologique est en train de devenir élément de programmes mais il n’est pas exclu que certains pays retournent au nucléaire après l’avoir abandonné. Pour rappel, la France et l’Allemagne reviennent au charbon après l’avoir abandonné.

J’aimerais croire qu’on pourra se passer du nucléaire ou, au moins, qu’on est à l’aube des décennies du nucléaire et non du siècle du nucléaire. Seulement voilà, les énergies renouvelables sont encore considérées comme une mode par beaucoup de spécialistes et il faut dire que l’humanité n’a pas développé de palliatifs suffisamment à l’avance, entre lobbying de groupes pétroliers et faiblesse d’investissement dans la recherche. La véritable énergie de demain est le gaz naturel, mais pour combien de temps ? Il est possible que la désindustrialisation soit inévitable mais il est tout aussi possible de limiter les régressions qu’elle imposerait. Plus ces régressions seraient importantes, plus les problèmes surgiraient du fait des inégalités. Paupérisation massive, insécurité et conflits à profusion.

Le monde de demain ne sera pas fatalement apocalyptique, il sera ce à quoi nous le préparons aujourd’hui. Néanmoins, les données sont encore trop instables pour pouvoir privilégier un scénario sur les autres. Une chose est sûre, dans cette équation à plusieurs inconnues qui varient vite, des prestataires de services comme la Corée du Sud, les Etats-Unis, la Chine ou d’autres, ne resteront pas les bras croisés et certains d’entre eux ont déjà été approchés par l’Algérie. La bataille s’annonce donc longue et dure pour rafler les marchés qui se profilent dans la zone euro méditerranéenne. Surprises et coups de théâtres sont attendus.

Dans ce brouhaha de données géostratégiques, il était prévisible que l’époque du monopole de l’Occident allait s’achever mais l’élément humain reste certainement le plus difficile à prévoir. Personne n’a vu venir les révolutions arabes et nul ne sait sur quoi elles déboucheront, elles, celles des Grecs, des Espagnols ou des autres. Parce qu’il y en aura d’autres. Le problème dans les relations entre Europe et pays du Sud de la Méditerranée, c’est que les sociétés civiles, grandement désagrégées ou canalisées par les régimes en place, ne sont pas considérées comme interlocuteurs à prendre en compte. Or, ce sont elles qui créent les surprises en ce moment. Que la leçon serve.

En Algérie, il est normal de se demander quelles actions sont envisagées pour lutter contre des problèmes qui préoccupent tout autant que l’énergie, comme le chômage, la corruption ou l’allègement de la facture des importations de produits alimentaires. Pour l’énergie, des questions techniques restent en suspens. Quelles sources de financement pour ces projets et quels processus d’accompagnements bancaires ? Quelle part pour les Algériens en termes de formation et d’emploi, lorsqu’il sera question de réalisation, d’exploitation et de maintenance ? Quels critères pour départager les postulants ? Mais ça, c’est une autre histoire.


Note :
1. D’après Hamou Djellit du CRAAG, rapporté par le Quotidien Electronique TSA du 15 mars 2011.

vendredi 3 juin 2011

Festivals de mots



Je découvre, cette année, l’existence du Festival du Mot. Depuis 2005, il se tient annuellement à La Charité-sur-Loire, en France. Un autre Printemps, près de Bourges. A chaque édition, La Charité-sur-Loire charrie les mots pour diagnostiquer au langage ses maux. La ville n’est pas inconnue de l’Histoire. En 1429, Jeanne d’Arc, par plusieurs cordes à son arc, se replia vers La Charité-sur-Loire, sans dormir ni s’endormir comme loir sur Loire.

Dommage que France Télévisions ne relaie pas le Festival, lui (le Groupe) qui s’est refait une toilette. Daniel Picouly a définitivement fermé son Café où l’on consommait des boissons aromatisées aux mots, au milieu de fort agréables bruits culturels. Picouly, suave de voyelles en coulis, n’a pas picolé mais roucoulé pour mots écouler sans acculer. Dans son Café, sous consonnes qu’on sonne on croulait sans couler. Il est où Picouly ?

A propos, pourquoi les francophones ont-ils abandonné l’inversion du sujet et du verbe dans les formes interrogative et interro-négative ? Je comprends qu’on élide, qu’on abrège et qu’on écourte. Le monde va de plus en plus vite et l’on n’a plus le temps de parler lentement. Le temps, c’est de l’argent, et pas que sous lune argentée, aurait dit Raymond Devos. Nonobstant, l’inversion, elle, n’occasionne aucune perte de temps. Cette recherche permanente du court indique que la langue française est en train de se réformer. C’est signe de vie. Charles de Gaulle se serait donc trompé en la croyant définitivement irréformable. Lui qui était passé à la Cinquième République, n’avait pas prévu que la république passerait la cinquième. La vitesse.

Je reviens à France Télévisions. Dans l’émission où les mots insomniaques piquent d’aigus, de graves et  d’accents, Laurent Ruquier se débarrasse des deux Eric critiques, Naullau et Zemmour. Un duo spécialisé dans la lipofusion par lingu-puncture [1]. Si j’étais responsable marketing chez Slim Fast, je leur demanderais de faire une publicité dans laquelle ils diraient que leurs critiques sont presque aussi amincissantes que les mixtures commercialisées par ma société. Le problème dans ce genre d’émissions c’est que si on y va, on est masochiste et si on n’y va pas, on est poltron. Ruquier va ramener un chroniquer de droite et un de gauche, pour bras. L’équilibrage prouve que l’émission se politise encore plus et j’espère qu’elle n’évacuera pas la culture. La défection de Zemmour est une perte. Ses propos sur les statistiques policières, mal formulés et interprétés, lui en ont fait voir des vertes et des pas mûres sans que cela n’adoucisse son acidité. D’autant que les vertes n’étaient pas toutes étoilées, comprenne qui voudra. Il ne devrait pas réagir par le jusqu’au-boutisme car c’est comme ça que commence la dérive.

Lors de ce septième Festival, on a élu « dégage » comme « Mot de l’année 2011 ». On est également revenu sur les mots qui ont fait l’actualité de la politique française, comme « racaille » ou « fissa ». Tiens, le mot fissa me rappelle les années quatre-vingts durant lesquelles la mode algérienne était au rappel de l’origine arabe des mots francisés ou hispanisés. Pendant la Coupe du Monde de Football de 1982, les commentateurs algériens se faisaient un devoir de prononcer ‘Ouedi-l-hidjâra’ et non pas ‘Guadalajara’, par exemple. Quand on ne produit plus, on rappelle ce qu’on avait produit. Aujourd’hui, le phénomène est inverse et on arabise les termes de la langue de l’ancien colonisateur. On leur applique alors les règles de conjugaison arabe. Les expressions ne sont pas en reste et, traduite, celle de « la langue de bois » a martelé nos tympans pendant une décennie, pour être finalement abandonnée. Littéralement, seulement.

Dans son éditorial on-line (veulliez excuser l’anglicisme), Alain Rey, Président d’honneur du Festival, dit que « Sauver les mots, c’est un peu sauver le monde. Les soigner, leur rendre leurs pouvoirs perdus ou dévoyés, c’est faire acte de thérapeutique et, on peut le dire, d’écologie globale. » A Constantine, le festi-val (festi = mensonge) ne se clôture pas. Les mots sont grands et gros mais varient et actent peu ou prou. L’inné sens de la démesure ne se satisfait que de superlatifs. Que de mots à maux. Mis au pied du mur, ceux qui profèrent prétendent que « ce ne sont que des mots ». Ne savent-ils donc pas que les mots déclenchent conflits et guerres ? Le prophète Mahomet (qsssl) avait conseillé à un compagnon qui dédaignait la surérogation, de compenser ce déficit de piété en tenant sa langue.

La charité ma bonne cité Constantine ! Toi qui te prétends héritière de civilisation orale qui aurait fait ton Histoire. Cesse de trahir tes ascendants. Même l’arabe classique, censé être châtié, est châtié avec le Bescherelle de l’anti-grammaire. Moi, pour ne plus voir maux ou entendre mots, j’évite le centre de la cité et n’ouvre les volets de ma chambre que le soir. Rien que pour la langue, quatre cents Académiciens et dix Bernard Pivot ne nous suffiraient pas pour édicter et dicter.


Note :
1. « Lipofusion » et « lingu-puncture » sont deux termes qui n’existent pas dans la langue française. Ils ont été inventés par l’auteur pour les besoins de l’article.


jeudi 2 juin 2011

Assimigration



Le débat sur l’immigration est relancé. En fait il ne s’est pas arrêté depuis celui sur la laïcité, qui avait été hué. En France, Jean-François Copé a annoncé une convention de son parti pour courant juin, sur l’immigration. Claude Guéant participe déjà au débat et rappelle le constat quasi unanime de l’échec de l’intégration dans sa considération traditionnellement admise.

Contrairement à beaucoup de Français d’origine maghrébine (puisque c’est d’eux qu’il s’agit), je ne crois pas qu’il y ait danger à débattre de la relation de l’islam à la laïcité ou de l’immigration. Le danger est dans le fait éventuel de lier l’immigration au chômage ou à la crise. Les immigrés qui ont participé à créer la richesse ne doivent pas être tenus pour responsables et sommés de quoi que ce soit. Pourvu qu’ils respectent les lois et les traditions, ce qu’ils font bien dans l’ensemble.

Les propos d’un responsable peuvent être sujets à diverses interprétations sans que cela occulte les problèmes. Je ne dirai jamais assez que, si certains Français d’origine maghrébine s’intègrent parfaitement, d’autres ne veulent pas le faire. Ils ne veulent pas par entêtement ou par ignorance et confusion de notions.
J’entends et lis régulièrement ces derniers arguer qu’ils descendent d’une génération qui a participé à la libération de la France et à sa reconstruction après la seconde guerre mondiale. Or, ce qui est en cause, ce n’est pas leur présence en France ou leur pleine possession des droits citoyens. Ce qui est en cause ce sont leurs pratiques parfois choquantes. Ce n’est pas parce qu’on a participé à la libération d’un pays qu’on peut faire ce qu’on veut. On n’embête pas son voisin avec du bruit sous prétexte qu’on l’a aidé à repeindre sa maison. Les devoirs qui se limitent à ce que la loi impose sont les devoirs des moutons. Les devoirs des citoyens sont ceux auxquels ne contraint pas la loi.

Quant à cette histoire de visées électoralistes qu’on érige pour étouffer tout débat, quel parti politique dans le monde ne se saisirait pas des soucis de son peuple pour proposer des solutions et gagner des électeurs en plus ? Un parti qui ne le ferait pas n’aurait aucune raison d’être puisqu’il serait incapable de réagir face aux problèmes de sa société et n’aurait aucune ambition. A écouter ces râleurs, il faudrait qu’aucun homme politique n’initie de débat pour ne pas être taxé de racisme ou de populisme. Puis, quand le malaise grandira, on le taxera de laxisme. Entre ceux qui laissent faire et ceux qui réagissent, les deuxièmes sont toujours les meilleurs. Tel un bus transportant des gens de diverses cultures et origines vers une destination commune mais allant clairement dans une mauvaise direction. On peut laisser faire en sachant qu’on ratera sa destination comme on peut réagir. Il n’est pas impossible de se tromper encore de chemin mais, au moins, on a une chance de trouver.

J’avais déjà développé ma vison des choses sur les notions d’intégration et d’assimilation en disant qu’il fallait inventer un nouveau concept, l’assimigration, qui se situerait entre les deux. L’intégration n’est pas clairement définie dans le sens ou elle suppose simplement des choses ordinaires comme trouver du travail, payer ses impôts et obéir aux lois. L’assimilation, elle, véhicule des connotations négatives depuis l’inconscient collectif, véhiculées par le passé colonial. Alors, de trois choses l’une.

Une : On oblige les citoyens d’origine étrangère à abandonner tout leur background culturel et religieux sous peine de sanctions. Incompatible avec la république. La présidente d’un parti politique français nostalgique du gouvernement de Vichy voudrait aller à l’abolition de la double nationalité. Elle donne pour exemple le poids des Franco-algériens lors d’une éventuelle intervention armée française en Algérie, pour protéger les civils comme en Libye. Abolir ou maintenir la double nationalité ne concerne que les Français dont je ne suis pas. Néanmoins, j’aurais apprécié que cette présidente pense aux Algériens que son père avait torturés avant de penser à ceux que le système algérien mécontente. Je ne suis pas sûr que les morts de la baignoire Susini soient moins nombreux que les morts des attentats terroristes, toutes proportions gardées.

Deux : On laisse chacun faire ce qu’il veut, du moment qu’il ne contrevient pas directement à la loi, même s’il chemine vers la déliquescence de ce qui a été bâti au prix d’efforts et de sacrifices communs. Défaitiste et suicidaire. Le malaise grandira et se transformera en fronde, les crises durables ou passagères servant d’étincelle.

Trois : On trouve une solution consensuelle qui prend en compte les soucis et les attentes de tous les citoyens sans distinction aucune. Il est probable que personne n’en sera totalement satisfait mais chacun donnera du sien et se dira que rien n’est parfait et que rien n’est éternel. En plus de cela, le fait de faire mutuellement des concessions fait acquérir à un peuple le statut de nation. La différence entre les deux étant dans le fait de se sentir individu ayant des voisins ou de se sentir membre ayant des associés. Pour cette troisième solution (du consensus) qui me semble être la seule salvatrice, les débats sont prolégomènes. Alors pourquoi refuser, siffler ou injurier ?

Il faut que ces maghrébins réfractaires comprennent qu’ils sont l’une des principales sources du problème. Qu’ils ternissent l’image de ceux qui se sont adaptés aux traditions du pays d’accueil sans renoncer à leur(s) culture(s) d’origine ou à leur religion. Je ne dis pas qu’ils doivent tout accepter tel quel. Je dis que leur refus de débattre des questions qui les concernent dévoile leur malaise et leur peur de se regarder dans le miroir et leur entêtement finira par les faire détester de tous. Les comportements irresponsables qui ont sapé les pays d’origine ne donneront pas d’essor aux pays d’accueils.

dimanche 29 mai 2011

Roma 11.5.11



Les Italiens s’attendaient à ce qu’un séisme dévaste Rome le 11 mai 2011. Près d’un Romain sur cinq a décidé de ne pas se rendre à son travail ou à l’école, le jour J. La prophétie qui a secoué la toile Internet, s’est accompagnée d’une infinité d’interprétations et d’argumentations. Les alarmistes ont argué que des séismes antérieurs avaient été prévus (ce qui n’est pas nécessairement divinatoire). Les illuminés, eux, ont annoncé la fin du monde pour ce printemps. Ils l’avaient déjà annoncé pour avant mais, comme à chaque fois, il suffit de dire qu’on s’est trompé dans ses calculs. On peut même lire certains relier le médiatisé séisme au Coran. La sourate ar-Roûm a été toute trouvée. Les exégètes du dimanche semblent ignorer qu’en arabe, les Roûm sont les Romains d’Orient (Byzantins), par opposition aux Roûmân qui sont les Romains d’Occident. La numérologie n’est pas en reste, puisqu’elle permet de faire dire ce qu’on veut aux chiffres. Je me permets d’ajouter un trouble pédagogique en faisant remarquer que le séisme de Lorca a eu pour magnitude 5,1 sur l’échelle de Richter. Encore 5 et 11…

Après que le séisme ait épargné Rome, l’humanité se donne rendez-vous pour une prochaine date. Je ne doute pas que les Espagnols rebâtiront Lorca et panseront les blessures. J’espère qu’ils se relèveront du séisme social qui les secoue.

Toujours en Italie, d’autres prophéties attendent de se conforter ou de contredire. Comme celle de la saint Malachie qui dit que le dernier pape s’appellerait Benoît. Je pense à la crise qu’a piquée le pape, interprété par Michel Piccoli dans le film Habemus Papam, mais je m’arrête. En attendant de dater la future ruine de Rome ou de la papauté, les Italiens (et les autres) devraient se rappeler qu’aucune prophétie n’avait annoncé la crise financière mondiale qui les fait souffrir plus que tout le reste.

Bien avant, les Mayas auraient calculé que la fin du monde aurait lieu le 21 décembre 2012, date supposée de la fin de leur calendrier. Or, ce calendrier ne se termine qu’en l’an 2220 et les mayas ne parlaient pas de « fin du monde » mais d’un « nouvel âge ». Une sorte de nouveau monde au sens spirituel.

A chaque fois, la conjoncture des planètes est invoquée pour donner une dimension scientifique qui étaye les dires et les nombres premiers sont à l’honneur. La préférence étant au 11, depuis les attentats de septembre 2001. La soif de connaître son avenir n’a pas fini de solliciter madame soleil et consorts. Tout le monde s’y met. De certains chefs d’Etat comme François Mitterrand à monsieur tout le monde, à travers le zodiaque dont le 13ème signe prédit toujours plus de tirage pour les journaux qui en usent. L’influence des planètes sur l’homme et son environnement pourrait se discuter, le phénomène de marée comme point de départ. Cependant, prétendre que la position des planètes peut révéler l’avenir est une idiotie.

Albert Einstein, lui, n’a jamais soumis l’astronomie à l’astrologie et n’a calculé aucune date pour la fin du monde. Il s’intéressait moins au « comment » le monde fut créé qu’au « pourquoi » de la création et il avait dit qu’il pourrait démontrer, par équation, que Dieu existe.

Comme tous les textes anciens, les prophéties sont une question d’interprétation. On se rappelle la petite panique qu’avait provoquée celle de Nostradamus (1503-1566), qui parlait de « feu » arrivant sur la Terre en 1999. Finalement, il s’agissait d’une éclipse solaire totale. Depuis, Paco Rabane a « fermé sa gueule » comme il l’avait promis mais les illuminés n’ont fait que reporter la date de l’apocalypse.

L’attrait de l’homme pour les prophéties n’est pas uniquement pour résoudre les énigmes. C’est aussi l’aveu du malheur de son présent et de la peur de son avenir. Il gagnerait à relire son Histoire. La mode du divinatoire ira très certainement crescendo et on cherchera de plus en plus les réponses à ses questionnements. Les sectes, elles, n’attendent pas. Elles enrôlent, s’exportent et se modernisent. Elles proposent le bonheur que ne donne pas l’Etat-Nation et la fécondité que ne donne pas Dieu. En un mot, les sectes interviennent lorsque les acteurs traditionnels de la vie ne satisfont plus aux attentes.

A Constantine aussi, des prophéties existent. Il paraît qu’on avait prévu que la ville tomberait un vendredi 13. Ce qui fut le cas en octobre 1837, aux mains des Français. Plus tard, Tahar Benelmouffok dit El M’râbet Tahar (le marabout) avait l’habitude de dire des inepties qui se vérifiaient… C’était sous forme de paroles ou de mises en scène. Voici une des ses prédictions.

Marchant en ville, il rencontra un homme conduisant un âne. Il attrapa l’âne par les oreilles et l’embrassa sur la bouche avant de lui demander : « Comment allez vous, ô très cher ? Ô noble, ô grand Monsieur … ». L’allusion était claire à certains futurs responsables qu’on allait louer malgré leur ignorance.

Lorsqu’on parle de lui, on n’hésite pas à en rajouter. Parfois volontairement, comme cela s’est passé pendant la première campagne électorale du président algérien Bouteflika, durant laquelle on avait diffusé cette fausse prophétie de Tahar Benelmouffok. Je ne me rappelle pas la totalité des mots et j’espère pouvoir corriger le plus vite possible.

الأول مـهـبـول
الثـاني غـول
الثـالـث بـهـلول
الرابع دايرين بيه الـعجـول
الخامس ...
السادس يموت مـقـتـول
و السابع على يده الحُـلول

Je traduis la pseudo prophétie sans la rimer et je rajoute les noms des présidents algériens ou équivalents pour rappeler l’ordre de succession.

Le premier est un fou  : Benbella
Le deuxième est un dragon  : Boumediene
Le troisième est un bouffon  : Bendjedid
Le quatrième est entouré d’imbéciles  : Kafi
Le cinquième est …  : Zeroual
Le sixième sera tué  : Boudiaf
Et le septième apportera les solutions  : Bouteflika

De nos jours, les seules bonnes prophéties et prédictions sont celles basées sur des études scientifiques et des évaluations argumentées. Cela s’appelle faire des prévisions. Des bienfaiteurs essaient de sensibiliser les gens en lançant des prophéties canulars, comme celle écrite et publiée en 1997 par le Canadien Neil Marshall puis arrangée (rajout du dernier vers) par d’autres pour donner l’impression qu’elle parlait de l’écroulement du World Trade Center. Le texte a été traduit comme ceci :

Dans la cité de Dieu il y aura un grand tonnerre
Deux frères seront séparés par le chaos
Pendant que la forteresse endure
Le grand meneur succombera
La troisième grande guerre commencera quand la grande cité brûlera


Je pourrais tout aussi bien m’amuser à en balancer une à propos de l’Algérie. En voila, tiens !

Barbarie se libérera
Après Rome s’élira hoir
A la mer on se jettera
A plèbe ne profite eau noire

Je ne commente pas et je laisse les lecteurs le faire, y compris pour le mélange des temps de conjugaison.
Mahomet (qsssl) a eu raison de dire que les astrologues mentent même s’ils disent vrai. Lui qui a traité la question lorsqu’un fidèle lui demanda « quand aura lieu l’apocalypse ? » et qu’il lui répondit « Et qu’as-tu préparé pour ? ».

Il a également exhorté celui qui va planter un arbre, à le planter même si l’apocalypse commençait au même moment. Magnifique conseil pour nous dire qu’il n’est jamais trop tard pour faire le bien. L’essentiel n’est pas de connaître la date exacte de la fin du monde mais de faire en sorte que le monde soit le meilleur possible jusqu’à sa fin.



vendredi 27 mai 2011

Le règne des réseaux



Sur initiative de la France, le G8 qui se tient ces 26 et 27 mai à Deauville, se fait précéder par le e-G8 Forum. Une rencontre regroupant les plus grands acteurs d’Internet (1) pour essayer d’organiser son économie. On envisage d’étendre le projet au G20 puis à la planète par le biais de l’ONU. Remarquable réplique au changement de données dû à l’émergence de nouvelles puissances économiques. Les pays du G5 détenaient 70% de la richesse mondiale lorsqu’ils se sont réunis pour la première fois en 1974. Aujourd’hui, ils n’en détiennent plus que 43% et ne représentent que 13% de la population mondiale. Nonobstant le passage du G5 au G8, il fallait réagir pour ne pas perdre le monopole.

On disait du G8 et du G20 qu’ils ne servaient qu’à faire de jolies photos souvenirs. Les seules véritables rencontres étant celles qui se faisaient en tête-à-tête, notamment entre les Etats-Unis et la Chine. En réalité, à chaque rencontre du G8, le classement des duos par degré d’importance est fonction de l’acuité des questions conjoncturelles, inscrites ou non à l’ordre du jour. Pour ce rendez-vous de Deauville et à la lecture de l’actualité, des pays souvent traités de figurants, comme la France, décrochent des rôles d’affiches. La France se redéploie culturellement avec l’ouverture du Louvre Abu Dhabi, elle a initiative dans les conflits en Libye et en Côte d’Ivoire et elle nomine Christine Lagarde à la tête du FMI après son compatriote. Ceci propulse le pays au devant de la scène internationale. De Cannes à Deauville, Nicolas Sarkozy aura grimpé des marches et pas seulement avec La Conquête. En tout cas, avec le e-G8, la question de l’utilité de ces rencontres vient de trouver sa réponse. Question parallèle : faudrait-il deux ou trois chiffres après le G pour que l’Algérie y soit définitivement admise ? Le classement CNUCED donne une idée dudit chiffre (2).

Tout spécialement après les dégâts de la dernière crise financière mondiale (il peut y en avoir d’autres), le chiffre d’affaires du commerce sur Internet donne le tournis et l’eau à la bouche. 8 000 milliards de dollars, rien que ça. On comprend alors que les appétits s’aiguisent et que la bataille, pour s’accaparer des parts de cet immense marché, ne fait que commencer. D’autant que ce sera le commerce qui devrait souffrir le moins de blocages frontaliers. Un Shengen commercial planétaire, en quelque sorte. Le rêve. Quand je dis le moins de blocages douaniers, je parle des pays où l’Etat de droit est acquis. Pour les autres, la douane officieuse pourrait très bien élire domicile chez les fournisseurs d’accès à Internet, par exemple.

Avant le G8, le G7 avait tenté de réunir trois savants par pays, pour essayer de mettre en place une plateforme pour synthétiser le savoir et la philosophie de la science. Michel Serres, qui en a été, reconnaît que ce fut un échec 3. Les savants n’ont pas réussi à se mettre d’accord à cause des différences culturelles et religieuses et ont donc décidé de s’arrêter au bout de trois rencontres. Michel Serres ne s’en étonne pas et confirme l’inutilité de cette initiative car « la science était déjà universelle depuis des millénaires ».

Le e-G8, lui, n’aborde pas cette question. La science redevient moyen et non fin. Le besoin de savoir, commanditaire de la découverte, n’en sera pas enterré mais le débat sur la contribution de la science au bonheur de l’humanité se poursuivra ailleurs. Par contre, lors de ce premier e-G8, il est question non seulement de commerce mais de politique. L’échec de l’intégration des pays en voie de développement dans l’économie mondiale n’est sûrement pas dû uniquement à la CNUCED. Cependant, l’OMC a surgi pour prendre la place, avec des objectifs pas nécessairement similaires. Aujourd’hui, l’incapacité de l’ONU à apporter des réponses aux interpellations qui lui sont destinées, pousse à envisager un gouvernement mondial. Le e-gouvernement. Ses promoteurs disent qu’il est pour plus de démocratie et de transparence, que les internautes pourront y accéder et/ou y participer et qu’il sera modifiable, voire supprimable, à tout moment. J’espère que c’est vrai et que sa charte ne sera pas le Web Patriot Act.

Le commerce par Internet annonce-il la fin des traditionnels comptoirs, show-rooms, foires et expos ? Pas tout de suite. En attendant de savoir qui supplantera l’autre, les questions sont ailleurs. D’une : quels avantages et quels inconvénients ? De deux : a-t-on le choix ?

Sur la première question, comme avantages, le e-trading permettra peut-être de résorber les déficits des économies des pays développés 4 en prenant la relève des planches à billets. Il diminuera l’énergie grise et stimulera la matière de même couleur. Quelques internautes s’enrichiront en inventant des services qu’ils monnaieront ou en sachant investir aux nouvelles bourses. Car il s’en créera de nouvelles.

Comme inconvénients, le e-trading ne sera pas palliatif au fait que l’agriculture occupe aujourd’hui 1% de la population mondiale alors qu’elle en occupait 15 dans le passé. Il sera probablement impossible de poursuivre tous les plagiaires et trafiquants. Beaucoup d’internautes seront ruinés, en jouant aux bookmakers, au poker ou en ne sachant pas investir aux bourses traditionnelles. Car ils auront peur des nouvelles, comme les perdants ont peur de la nouveauté.

Finalement, le e-trading sera un moyen comme un autre, c’est-à-dire utilisable à bon ou à mauvais escient.

L’Algérie, elle, est actuellement parmi les pays qui fournissent les 1,5 litres de pétrole nécessaires à la fabrication d’un ordinateur, moins pour un téléphone. De ce fait, elle pourrait se frotter les mains en pensant que le e-trading augmentera le nombre d’appareils et de machines dans le monde. Il ne faudrait pas qu’elle s’endorme sur ses lauriers et qu’elle oublie de se diversifier. Qu’elle reconstruise ou non son industrie et son agriculture, elle n’a pas d’autre choix que de rebondir sur cet évènement pour améliorer la qualité de son réseau Internet et les services périphériques. De toutes façons, même le commerce des hydrocarbures sera soumis à la spéculation sur Internet. Quoi qu’on fasse, le seul choix qu’on a est celui de suivre ou de rester sur la marge. Ceci pour répondre à la deuxième question.

J’en viens aux courants d’idées présents au e-G8 Forum, pour dire qu’à force de vouloir le tout payant, on risque d’exclure les pays les moins développés, plus qu’ils ne le sont déjà. En plus de la pénalisation commerciale, l’espace de liberté qu’est Internet, deviendra une frustration de plus et une raison supplémentaire pour souhaiter ou provoquer les révolutions. La cyber criminalité et le e-terrorisme augmenteront avec le reste, ça c’est sûr. Prétendre disposer des moyens adéquats pour lutter contre ces fléaux serait faux. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter le processus. Le risque zéro n’existe pas et il faut faire confiance aux générations montantes pour trouver des solutions aux problèmes qui se poseront.

La tendance actuelle à aller vers les contenus payants sur Internet, pénalisera également les internautes qui n’ont pas la possibilité de payer, pour diverses raisons. Pour ne parler que de l’Algérie, le paiement on-line par carte bancaire n’est pas encore disponible. Sans parler du risque de se faire voler son numéro de carte, ce à quoi il n’existe pas encore de parade rassurante. Le tout payant est privilégié par le magnat Rupert Murdoch, entre autres.

Heureusement que les avis divergent et que différents courants sont représentés. A contre-courant de Murdoch, Jimmy Wales opte pour la gratuité et le partage de l’information. Je sais comme lui que les réseaux sociaux tels Facebook n’ont pas été conçus par militance humanitaire. Ce sont de colossales banques de données destinées à être vendues aux e-traders. Les données personnelles des adhérents sont autant d’informations qui permettront de cibler les clients potentiels en fonction de leurs goûts et de leurs affinités. Sûrement pas en fonction de leurs besoins. Le besoin étant, depuis longtemps, créé par le vendeur pour être proposé à celui qui ne l’éprouve pas.

Pour ce qui est des droits d’auteurs et de la propriété morale, il faut distinguer entre plagiat et emprunt. Le premier est répréhensible, le second est acceptable du moment qu’il n’est pas lucratif et qu’il mentionne la source.

Je me joins à certains participants au e-G8 Forum et je soutiens la fin de l’anonymat, pour barrer la route à ceux qui injurient en se cachant derrière des pseudos plus prétentieux que les contenus de leurs commentaires. Cependant, la fin de l’anonymat doit être accompagnée de mesures garantissant la liberté d’expression. Faute de quoi, l’interface Web sera le plus grand indic au service des dictateurs. Demander à ce que des ONG, comme Human Wrights Watch, soient partenaires de ce projet est peut-être optimiste, mais l’ONU ou le e-gouvernement devrait exiger la possibilité de rester anonyme, pour les internautes des pays classés comme dictatures.

Le monde est plus urbanisé, plus connecté. Ce qui n’a pas changé et qui ne changera pas, c’est qu’il y a des leaders et des suiveurs. Au bout de ce premier bilan, je suis plutôt pour le e-trading. Le tout étant de savoir se positionner au niveau de cette nouvelle toile afin de ne pas être exclu du ‘e’ après l’avoir été du ‘G’.



Notes :
1. Parmi les participants au e-G8 Forum de mai 2011 : Jeff Bezos (Fondateur et PDG d'amazon.com) ; Rupert Murdoch (PDG de News Corporation et propriétaire de MySpace) ; Eric Schmidt (Président exécutif de Google) ; Jimmy Wales (Cofondateur de Wikipedia) ; Mark Zuckerberg (Cofondateur et PDG de Facebook).

2. Voir le rapport de la CNUCED pour 2010 sur http://www.unctad.org/en/docs/wir2010_en.pdf p.176.

3. Cf. Intervention de Michel Serres pendant l’émission Ce soir ou jamais du 26 mai 2011, sur France3.

4. A titre d’exemple, le déficit commercial des Etats-Unis est d’environ 1 500 Mds de dollars et va en augmentant.


jeudi 26 mai 2011

Séismes euro méditerranéens



Après la décapitation partielle de l’hydre Al-Qaida, Barack Obama revient sur la scène internationale. Cependant, à l’issue de sa récente rencontre avec Benyamin Netanyahou, aux Etats-Unis, il n’aura pas pu persuader de faire la paix au Proche-Orient. Une paix que rejette le premier ministre israélien pour prouver que le bellicisme se décide depuis Jérusalem, la cité de la paix. Entre ces murs, Netanyahou ne se lamente pas, il planifie la colonisation des territoires palestiniens qu’il fait semblant de voir inhabités. Il prétend que les Palestiniens ne veulent pas reconnaître Israël. Ce fut le cas avant mais plus maintenant. Et le prétexte des frontières indéfendables du plan de 1967 est fallacieux. Preuve en est, les actuelles frontières n’ont pas pu empêcher les agressions mutuelles et même les incursions et les rapts. Netanyahou doit savoir qu’il constitue actuellement le plus grand danger pour Israël et pour toute la région.

Toujours en Méditerranée, les Espagnols répliquent au séisme de Lorca et secouent leurs politiques. Ils sont inspirés par les Hellènes et les Arabes et exhortés par Stéphane Hessel. Dans son livre Indignez-vous, Hessel se demande comment une Europe riche n’arrive pas à réaliser ce qu’a pu un Conseil de la Résistance pauvre. Il répond en disant que c’est parce que les lobbies bancaires ont réussi à placer leurs serviteurs au sein des gouvernements.

Contrairement aux Arabes, les Espagnols ne demandent ni le départ du premier ministre ni celui du roi. Ils n’ont pas à le demander parce que ces deux détenteurs de pouvoirs sont légitimes, eux. Zapatero leur avait promis une économie plus puissante après le plan d’austérité de 1996 amis n’a pas réussi à cause de la non diversification. Aujourd’hui, les usuriers de la planète leurs commandent de passer à la caisse. Les Espagnols qui en sont à vendre leurs objets personnels pour survivre, renvoient dos-à-dos leurs deux principaux partis politiques. Ils s’entraident et recueillent les suggestions des uns et des autres. Louable en soi. Que les Espagnols me pardonnent quand je dis que la kermesse altermondialiste de la Puerta del Sol, à Madrid, n’ira pas loin. Elle ne donnera de résultats que si la société civile s’organise d’une façon durable. Je m’explique.

Un autre monde est possible mais il ne peut venir que progressivement car celui actuel n’est pas encore prêt et tout changement radical et rapide se solderait par un échec. Le mouvement « peace and love » de la fin des années soixante n’a pas essaimé parce qu’il était utopique. L’altermondialisme qui a pris la relève est noble dans ses objectifs, désordonné dans ses méthodes. Le seul changement efficient est celui que chaque individu s’imposera à lui-même, tout en encourageant les autres à changer eux aussi. En l’absence de palliatif, même avec Eric Cantonna, le monde aura encore besoin de banques dans le futur et le tout est de trouver la solution pour contraindre ces dernières à réfréner leur appétence pour le gain. Alors, comment s’organiser de façon durable ? Dans l’immédiat, en développant les réseaux d’entraide qui naissent, et là, Internet devient un moyen logistique intéressant. Dans l’après immédiat, en organisant des rencontres d’étude pour réfléchir aux moyens de lutter contre les aspects négatifs de la globalisation. Une erreur à ne pas faire est celle de la démocratie populiste, celle qui permet à tout un chacun de proposer. Les boîtes à suggestions que les Espagnols ont mis en place sont simplement un improvisé et colérique palliatif aux organes législatifs. Un exutoire bénin. Cela ne pourra pas perdure car cela donnera une montagne de propositions où le saugrenu aura bonne place et le pratique peu ou prou.

Le rejet des grandes tendances politiques aurait pu être une chance pour les autres formations (centristes, communistes, écologistes) mais ce sera l’extrême droite qui en profitera. Pas parce qu’elle propose de bonnes solutions mais parce qu’elle remplace le langage de la raison par celui du cœur. Le seul langage qu’on est prêt à comprendre lorsqu’on est paniqué par sa précarité et par l’incertitude de son lendemain. Pour dire que cette droite n’a pas tout faux, un certain protectionnisme serait le bienvenu en ces temps durs. En moins strict, quand même. Par contre, tout retour à l’Etat-Nation non fédéré (pour le moment) ou séparatisme serait affaiblissement. Les Européens savent déjà que, théoriquement, on résiste mieux lorsqu’on est uni mais ils en doutent lorsqu’ils voient s’effilocher les principes de solidarité sensés régir les relations entre pays de l’UE. L’Allemagne refuse de payer pour la Grèce et l’Italie se débarrasse des Tunisiens de Lampedusa en les expédiant en France. En même temps, on remarque que les séparatistes sont généralement les plus riches. La Ligue du Nord en Italie, les Flamands en Belgique, les Catalans en Espagne. Ce séparatisme là est égoïste. Des cas exceptionnels existent comme pour les Irlandais du Nord, motivés par la rancune et la religion.

En Algérie aussi, le séparatisme existe pour des raisons politiques et linguistiques. La gestion lamentable des affaires de l’Etat ne justifie pas tout et un affaiblissement certain s’ensuivra pour le pays si les séparatistes algériens devaient arriver à leurs fins. Difficile de persuader ces tenants que le verre est à moitié plein. Ils voient que la manne pétrolière qui s’est présentée à l’Algérie n’a pas servi à préparer l’après pétrole, en remettant sur pied l’agriculture et l’industrie, trucidées par les barons de l’import-import. Qu’elle n’a pas servi à améliorer les qualifications des Algériens pour consolider la plus grande richesse de tout pays, à savoir sa population. Au lieu de cela, le gouvernement distribue l’argent pour éviter la grogne, par peur d’être la prochaine échéance sur le calendrier du printemps arabe. N’empêche que l’union fera la force même si elle sera multilingue et il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Les Espagnols, les Français et les autres ne doivent pas tomber dans le piège du nationalisme. Il est normal d’actualiser ses politiques d’immigration mais le plombier polonais et le serveur tunisien, ne sont pas responsables de la crise, ils en sont victimes. Limiter le nombre d’immigrants est compréhensible, le réduire à néant est suicidaire. Un pays qui n’attire plus d’immigrés est un pays fini.

En Méditerranée et autour, les peuples se révoltent. Après les Islandais, les Irlandais, les Portugais, les Grecs et les Espagnols, à qui le tour ? Plus au Sud, après la Tunisie, l’Egypte, la Libye,  le Yémen, la Jordanie, le Bahreïn, la Syrie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie, à qui le tour ? Je crois que nous ne sommes qu’au début d’un vaste mouvement de remise en cause des politiques économiques dans le monde. Des signes assez forts pour que le malaise des mécontents soit sérieusement considéré. Et si, en bons pompiers, on essayait d’éteindre ce feu avec l’eau de la Méditerranée ? La citerne bienfaitrice est bien au centre, non ? On dira que la citerne est déjà pompée. Oui, mais ceux qui vivent autour sont pompés mais ne pompent pas.

Certains demandent le pouvoir d’achat, d’autres l’Etat de droit. Ils se rejoignent tous pour demander la dignité. Dans tous les cas de figures, ces peuples ne demandent pas la lune, ils veulent juste être respectés et heureux. Or, cela est possible. Bien sûr qu’il est difficile de rendre heureux tout le monde mais, à défaut de décréter le bonheur, il faudrait commencer par ne pas le prohiber.