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dimanche 20 juillet 2014

Lettre aux Israéliens qui sont pour la paix


Israéliens qui êtes pour la paix,

Je ne vous parle pas de votre démesurée réponse militaire aux roquettes palestiniennes. Je ne vous parle pas de la thèse de l’invention du peuple juif, malgré laquelle des Arabes sont prêts à vous reconnaître, et parmi lesquels des Palestiniens. Je ne vous parle pas des tunnels palestiniens qui sont la réponse à votre embargo sur Gaza. Je ne vous parle pas des adolescents israéliens enlevés et tués, et pour lesquels les Palestiniens n’ont pas tous à payer. Je ne vous parle pas de vos colonies en territoires palestiniens, ni du mur de séparation qui se trouve à l’intérieur de ces territoires. Je ne vous parle pas des Palestiniens de Gaza dont vous détruisez les maisons et qui n’ont pas où aller car ils sont déjà sur le territoire le plus densément peuplé au monde et l’un des plus pauvres. Je ne vous parle pas des groupes armés palestiniens qui naîtront de vos attaques sur Gaza et qui vous attaqueront à leur tour.

Parce que tout cela, vous le savez déjà.

Je vous parle de votre attitude. Faire signer des missiles « avec amour » par vos enfants, avant de les envoyer sur des enfants palestiniens, ne fera pas seulement des victimes civiles, cela inculquera aux générations futures que « l’amour » est d’éliminer l’autre. Applaudir aux bombes qui tombent sur Gaza, comme on applaudit à un spectacle de feux d’artifice, un jour de joie, veut dire que c'est plus qu’une politique d’un gouvernement donné et que c’est le choix de nombre d’entre vous, voire d’une majorité.

Je vous parle de vos parlementaires qui proposent de tuer les femmes palestiniennes enceintes ou de couper l’électricité aux dialysés palestiniens. Vous les avez élus pour vous représenter, et si vous ne les interpellez pas c’est que vous les approuvez.

Je vous parle de la mémoire. Hier, vous avez souffert et vous avez dit à vos enfants « souviens-toi ». Aujourd’hui, des Palestiniens souffrent et, comme vous, ils diront à leurs enfants « souviens-toi ». Je ne crois pas que vous soyez insensibles à la souffrance des Palestiniens, vous êtes aveuglés par la haine ou apeurés par les vôtres. Certains d’entre vous ont dit l’injustice de ces attaques. J’ai vu d’autres le dire puis se rétracter, par peur de la vindicte. Vous ne pouvez plus vous permettre d’avoir peur, la violence va trop loin.

Vous devez dire stop à Netanyahou et à vos compatriotes qui le soutiennent inconditionnellement. C’est une question de justice. C’est une question de devenir, aussi. La communauté internationale est en train de remettre en cause la légitimité de votre existence, et si elle ne vous accorde pas de sympathie particulière c’est parce que, cette fois, vous n’êtes pas les victimes.


Hichem Achi

jeudi 10 juillet 2014

Israéliens, soyez vous aussi des Justes


Israël est un Etat membre de l’ONU, il doit se conformer aux résolutions de cette organisation et aux verdicts de son organe juridique, la Cour internationale de Justice. Par ailleurs, ceux qui condamnent les enfants d’Israël à l’exil éternel doivent se rappeler que cet exil devait durer quarante ans, comme relaté par le Coran, et que cette durée est écoulée depuis longtemps. La terre suffit à tous, à condition de respecter les frontières et la souveraineté des uns et des autres.

On justifie les raids actuels sur Gaza par les tirs de roquettes sur Israël, y compris sur le Nord, maintenant. Selon certains, le Hamas, coupé de l’Egypte, viserait uniquement à continuer à exister aux yeux des Palestiniens. Seulement, le massacre de civils palestiniens ne saurait se justifier par leur prétendue utilisation comme bouclier humain par le Hamas. Enfin, puisque cela rajoute à la férocité des raids, si trois adolescents israéliens ont été récemment tués, un adolescent palestinien a été récemment brûlé vif, et d’autres sont régulièrement torturés et tués.

Les sionistes qui dénoncent ces injustices ne sont pas des traîtres, ce sont des Justes, comme ont été des Justes ceux qui ont aidé les juifs persécutés, et parmi lesquels il y avait des musulmans. Les autres sionistes, tout particulièrement les Israéliens, doivent dénoncer cet acharnement sur les Palestiniens. Ils doivent comprendre qu’il n’y aura pas de paix tant qu’existeront les colonies israéliennes en terre palestinienne, tant qu’il y aura de l’embargo, tant qu’il y aura de la démesure dans la riposte armée. Ils doivent comprendre qu’ils font subir aux Palestiniens ce que le nazisme et d’autres leur ont fait subir. Qui est David et qui est Goliath, aujourd’hui ? Si David avait terrassé Goliath en étant plus faible que lui, c’est parce qu’il avait raison et que Goliath avant tort, la façon arrivant après. Néanmoins, la vérité doit être dite pour tout le monde.

Ce n’est pas seulement la Coupe du monde de football qui distrait de voir ce qui se passe en ce moment à Gaza. La Coupe du monde distrait des injustices que commettent quotidiennement les politiques de la planète à l’encontre de leurs peuples. On se trompe, également, en attribuant la responsabilité totale de ce conflit aux dirigeants des pays arabes. Ces derniers ont une responsabilité dans la perduration du conflit, mais la Palestine a d’abord été abandonnée par nombre de Palestiniens qui se complaisent dans leur exil, souvent pensionné, ou qui vendent leurs terres aux Israéliens. De même, il ne faut rien attendre d’une éventuelle médiation d’al-Sissi qui « refuse de mettre une pression exagérée sur Israël » et dont la presse considère le Hamas comme une organisation terroriste. La question se pose avant tout à deux peuples qui s’entretuent ou s’exterminent mutuellement, même si le rapport de force est en faveur d’Israël.

Comptant mener des raids de longue durée sur Gaza, Benyamin Netanyahou appelle les Israéliens à « faire preuve de patience », qu’ils fassent preuve de justice. Qu’ils soient eux aussi des Justes, seuls durent ceux qui le sont.


Hichem Achi

mardi 28 juin 2011

Qui veut asphyxier Gaza ?


« Israël a le droit d'autodéfense ». Cela a été dit par l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, qui a ajouté que l’initiative qui vise à casser l’embargo sur Gaza est une « provocation et n'a rien à voir avec une aide humanitaire ». Le Government Press Office israélien menace les journalistes qui prendront part à la mission (humanitaire) de 10 ans d’interdiction d’entrée sur le territoire, sachant que certains de ces journalistes couvrent habituellement les évènements dans cette aire géographique. Le GPO ne menace pas ces journalistes de les priver d’accréditation. On aura remarqué la nuance.

Décevant et, surtout, affamant qu’Israël considère la flottille comme une provocation, elle qui transportera des médicaments, une ambulance équipée et du ciment. Bien des ennuis auraient été évités si Israël avait considéré le piétinement de l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa, par Ariel Sharon, comme une provocation. Ce qui était le cas. Plus décevant, Ban Ki-moon a demandé aux chefs des Etats concernés de décourager leurs ressortissants volontaires et Lynn Pascoe, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des affaires politiques, a annoncé l’opposition de l’Organisation à cette initiative humanitaire.

A cela ne tenant, la « flottille de la liberté 2 » qui devrait compter une dizaine de bateaux appareillant essentiellement depuis des ports grecs, regroupera 350 militants originaires de 22 pays, décidés à briser le blocus imposé sur Gaza depuis 5 ans maintenant, même s’ils s’attendent à être arraisonnés par l’armée israélienne. Des juifs états-uniens envisagent de rejoindre la flottille. C’est là la preuve qu’il ne faut pas stigmatiser les juifs. Beaucoup d’entre eux veulent la paix.

La première tentative de briser l’embargo, en 2010, avait fait neuf morts parmi les humanitaires, suite à l’assaut contre le navire amiral (un ferry turc) de la flottille humanitaire. L’initiative avait été un échec physique mais une victoire médiatique.

Vaguélis Pissias, de l'organisation grecque « Un bateau pour Gaza » a dit : « … notre objectif n'est pas seulement de forcer l'embargo mais de prouver aux Israéliens et aux peuples de la région qu'ils ont le droit de vivre d'une façon plus harmonieuse entre eux ». Les Israéliens dont il parle ne sont pas ceux qui soutiennent Benyamin Netanyahou. Ce sont ceux qui sont conscients de cette injustice israélienne.

Il faut rappeler que l’embargo sur Gaza a été renforcé en 2007, suite à l’arrivée du Hamas au pouvoir. A partir du moment où ce parti y est arrivé d’une façon démocratique que personne ne remet en cause, une question se pose.

L’absence de démocratie, souvent avancée comme alibi à la mainmise sur le voisin ou à sa mise sur le ban, n’est-elle pas ici contredite ?

Jusqu’à ce que Ismaïl Haniyeh parte, Netanyahou devra faire avec et négocier avec. On ne peut pas  reconnaître ou accepter un gouvernant voisin seulement quand on l’aime bien. Quant à la position du Hamas selon laquelle l’actuel territoire israélien doit être entièrement restitué aux Palestiniens, elle est en train de changer. Ce fait là, historique, additionné à la réconciliation entre Hamas et Fatah qui devrait rendre les négociations moins difficiles, est une occasion inespérée pour faire la paix durablement. A condition qu’on la veuille.

Netanyahou a oublié ce qui est arrivé à la génération qui l’a précédé dans les sinistres camps d’extermination. Le voilà sur les pas des tortionnaires de ses parents, pour asphyxier 1,5 millions de personnes, en les privant de nourriture, de médicaments, d’électricité et de carburant. Au fait, quand est-ce qu’il part, lui ?


jeudi 26 mai 2011

Séismes euro méditerranéens



Après la décapitation partielle de l’hydre Al-Qaida, Barack Obama revient sur la scène internationale. Cependant, à l’issue de sa récente rencontre avec Benyamin Netanyahou, aux Etats-Unis, il n’aura pas pu persuader de faire la paix au Proche-Orient. Une paix que rejette le premier ministre israélien pour prouver que le bellicisme se décide depuis Jérusalem, la cité de la paix. Entre ces murs, Netanyahou ne se lamente pas, il planifie la colonisation des territoires palestiniens qu’il fait semblant de voir inhabités. Il prétend que les Palestiniens ne veulent pas reconnaître Israël. Ce fut le cas avant mais plus maintenant. Et le prétexte des frontières indéfendables du plan de 1967 est fallacieux. Preuve en est, les actuelles frontières n’ont pas pu empêcher les agressions mutuelles et même les incursions et les rapts. Netanyahou doit savoir qu’il constitue actuellement le plus grand danger pour Israël et pour toute la région.

Toujours en Méditerranée, les Espagnols répliquent au séisme de Lorca et secouent leurs politiques. Ils sont inspirés par les Hellènes et les Arabes et exhortés par Stéphane Hessel. Dans son livre Indignez-vous, Hessel se demande comment une Europe riche n’arrive pas à réaliser ce qu’a pu un Conseil de la Résistance pauvre. Il répond en disant que c’est parce que les lobbies bancaires ont réussi à placer leurs serviteurs au sein des gouvernements.

Contrairement aux Arabes, les Espagnols ne demandent ni le départ du premier ministre ni celui du roi. Ils n’ont pas à le demander parce que ces deux détenteurs de pouvoirs sont légitimes, eux. Zapatero leur avait promis une économie plus puissante après le plan d’austérité de 1996 amis n’a pas réussi à cause de la non diversification. Aujourd’hui, les usuriers de la planète leurs commandent de passer à la caisse. Les Espagnols qui en sont à vendre leurs objets personnels pour survivre, renvoient dos-à-dos leurs deux principaux partis politiques. Ils s’entraident et recueillent les suggestions des uns et des autres. Louable en soi. Que les Espagnols me pardonnent quand je dis que la kermesse altermondialiste de la Puerta del Sol, à Madrid, n’ira pas loin. Elle ne donnera de résultats que si la société civile s’organise d’une façon durable. Je m’explique.

Un autre monde est possible mais il ne peut venir que progressivement car celui actuel n’est pas encore prêt et tout changement radical et rapide se solderait par un échec. Le mouvement « peace and love » de la fin des années soixante n’a pas essaimé parce qu’il était utopique. L’altermondialisme qui a pris la relève est noble dans ses objectifs, désordonné dans ses méthodes. Le seul changement efficient est celui que chaque individu s’imposera à lui-même, tout en encourageant les autres à changer eux aussi. En l’absence de palliatif, même avec Eric Cantonna, le monde aura encore besoin de banques dans le futur et le tout est de trouver la solution pour contraindre ces dernières à réfréner leur appétence pour le gain. Alors, comment s’organiser de façon durable ? Dans l’immédiat, en développant les réseaux d’entraide qui naissent, et là, Internet devient un moyen logistique intéressant. Dans l’après immédiat, en organisant des rencontres d’étude pour réfléchir aux moyens de lutter contre les aspects négatifs de la globalisation. Une erreur à ne pas faire est celle de la démocratie populiste, celle qui permet à tout un chacun de proposer. Les boîtes à suggestions que les Espagnols ont mis en place sont simplement un improvisé et colérique palliatif aux organes législatifs. Un exutoire bénin. Cela ne pourra pas perdure car cela donnera une montagne de propositions où le saugrenu aura bonne place et le pratique peu ou prou.

Le rejet des grandes tendances politiques aurait pu être une chance pour les autres formations (centristes, communistes, écologistes) mais ce sera l’extrême droite qui en profitera. Pas parce qu’elle propose de bonnes solutions mais parce qu’elle remplace le langage de la raison par celui du cœur. Le seul langage qu’on est prêt à comprendre lorsqu’on est paniqué par sa précarité et par l’incertitude de son lendemain. Pour dire que cette droite n’a pas tout faux, un certain protectionnisme serait le bienvenu en ces temps durs. En moins strict, quand même. Par contre, tout retour à l’Etat-Nation non fédéré (pour le moment) ou séparatisme serait affaiblissement. Les Européens savent déjà que, théoriquement, on résiste mieux lorsqu’on est uni mais ils en doutent lorsqu’ils voient s’effilocher les principes de solidarité sensés régir les relations entre pays de l’UE. L’Allemagne refuse de payer pour la Grèce et l’Italie se débarrasse des Tunisiens de Lampedusa en les expédiant en France. En même temps, on remarque que les séparatistes sont généralement les plus riches. La Ligue du Nord en Italie, les Flamands en Belgique, les Catalans en Espagne. Ce séparatisme là est égoïste. Des cas exceptionnels existent comme pour les Irlandais du Nord, motivés par la rancune et la religion.

En Algérie aussi, le séparatisme existe pour des raisons politiques et linguistiques. La gestion lamentable des affaires de l’Etat ne justifie pas tout et un affaiblissement certain s’ensuivra pour le pays si les séparatistes algériens devaient arriver à leurs fins. Difficile de persuader ces tenants que le verre est à moitié plein. Ils voient que la manne pétrolière qui s’est présentée à l’Algérie n’a pas servi à préparer l’après pétrole, en remettant sur pied l’agriculture et l’industrie, trucidées par les barons de l’import-import. Qu’elle n’a pas servi à améliorer les qualifications des Algériens pour consolider la plus grande richesse de tout pays, à savoir sa population. Au lieu de cela, le gouvernement distribue l’argent pour éviter la grogne, par peur d’être la prochaine échéance sur le calendrier du printemps arabe. N’empêche que l’union fera la force même si elle sera multilingue et il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Les Espagnols, les Français et les autres ne doivent pas tomber dans le piège du nationalisme. Il est normal d’actualiser ses politiques d’immigration mais le plombier polonais et le serveur tunisien, ne sont pas responsables de la crise, ils en sont victimes. Limiter le nombre d’immigrants est compréhensible, le réduire à néant est suicidaire. Un pays qui n’attire plus d’immigrés est un pays fini.

En Méditerranée et autour, les peuples se révoltent. Après les Islandais, les Irlandais, les Portugais, les Grecs et les Espagnols, à qui le tour ? Plus au Sud, après la Tunisie, l’Egypte, la Libye,  le Yémen, la Jordanie, le Bahreïn, la Syrie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie, à qui le tour ? Je crois que nous ne sommes qu’au début d’un vaste mouvement de remise en cause des politiques économiques dans le monde. Des signes assez forts pour que le malaise des mécontents soit sérieusement considéré. Et si, en bons pompiers, on essayait d’éteindre ce feu avec l’eau de la Méditerranée ? La citerne bienfaitrice est bien au centre, non ? On dira que la citerne est déjà pompée. Oui, mais ceux qui vivent autour sont pompés mais ne pompent pas.

Certains demandent le pouvoir d’achat, d’autres l’Etat de droit. Ils se rejoignent tous pour demander la dignité. Dans tous les cas de figures, ces peuples ne demandent pas la lune, ils veulent juste être respectés et heureux. Or, cela est possible. Bien sûr qu’il est difficile de rendre heureux tout le monde mais, à défaut de décréter le bonheur, il faudrait commencer par ne pas le prohiber.