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vendredi 11 juillet 2014

Algérie-France : Entre défilé et parade au 14 Juillet


Trois officiers de l’ANP (Armée algérienne) participeront au prochain défilé du 14 Juillet à Paris, en paradant Place de la Concorde. C’est à côté ou au bout des Champs-Elysées. Est-ce de la reconnaissance ou de la relance économique ? La prospection française pour le gaz de schiste algérien fait privilégier la deuxième hypothèse.

Depuis que Abdelaziz Bouteflika est président, les concordes sont aussi fréquentes et incertaines que les révisions de la Constitution. Hier Concorde Civile, maintenant Place de la Concorde. Je ne dis pas que les deux sont comparables et je suis pour la réconciliation. Je dis que nous avons perdu des vies et que nous allons perdre l’eau du Sahara. Le plus malheureux c’est que les bénéfices engendrés par l’exploitation de notre gaz de schiste rempliront nos couffins au lieu de pallier notre rente.

Le regard sur le Français d’origine algérienne change peu ou prou, lui. On ne saura toujours pas combien brandiront le drapeau algérien en France, hors 14 Juillet, pour commémorer les mines et combien le feront pour miner. Pourtant, la pérennité et l’intensité des liens entre l’Algérie et la France ne sont plus à démontrer, et ces Français en sont un pilier pouvant porter plus que des urnes, des produits halal et des mosquées.

Une journée à part aurait été acceptable. Commémorer la participation d’Algériens à la Première Guerre, le jour de la fête nationale française, veut dire que ces Algériens (dits Français musulmans, à l’époque) étaient bel et bien des Français, et qu’ils avaient participé à cette guerre pour libérer la France et non pas le monde. On pourrait en déduire plus mais, dans l’immédiat, qualifier la Guerre de libération algérienne de « Révolution » prend tout un sens. On se révolte contre un tyran autochtone et non pas contre un colonisateur venu d’ailleurs. Je positive en disant que ça  pourrait au moins nous faire libérer du nationalisme dans lequel nous acceptons d’être enfermés, et qui est différent du patriotisme.

Il ne faut pas s’arrêter à la repentance de la France. On situe mal les responsabilités en exigeant que l’autre les dise, on le fait en écrivant sa propre version de l’Histoire et en la confrontant à celle de l’autre. Mais si l’Histoire contemporaine de l’Algérie s’écrit toujours difficilement, c’est bien pour écarter toute concurrence à la légitimité historique et exclusive du FLN.

La France ne nous proposera pas un transfert de savoir-faire industriel, elle n’aurait plus rien à nous vendre. Elle nous proposera plus de projets clés en main et plus de visas. Plus d’Algériens défileront devant les consulats français ou paraderont à l’entrée des hôpitaux français de luxe. On se doute bien que le traitement ne sera pas le même pour tous.

Hichem Achi

mercredi 7 mai 2014

Une juive au gouvernement algérien. Alerte !


Nouria Benghabrit-Remaoun, la nouvelle ministre de l’Education nationale, serait d’origine juive et c’est suffisant pour provoquer une levée de boucliers.

Admettons qu’elle soit d’origine juive ou même de religion juive. Les séfarades sont Algériens depuis plus de cinq siècles. On dira qu’il y a eu Israël et le décret Crémieux, entre-temps. Je dirais que si on accepte qu’un Algérien rappelle la France mais pas Israël, c’est un peu pour la Palestine et beaucoup parce qu’on ne rêve pas d’émigrer en Israël. Puis, je me demanderais quel départ d’Algérie est le plus déplorable, celui des juifs ou celui des musulmans qui les rejoignent sans arrêt depuis cinquante-deux ans.

Le problème n’est pas dans la confession de telle ou tel ministre, il est dans le fait que ce gouvernement est la continuité du système qui nous conduit à la faillite et que nous l’avons aidé à s’installer. Faillite, dis-je ? Tant que ça reste entre musulmans !


Hichem Achi

mardi 23 juillet 2013

Prochainement sur le monde arabe et l’Europe

L’Union européenne vient de classer « organisation terroriste » la branche armée du Hezbollah, et les Etats-Unis s’activent pour préparer un accord israélo-palestinien. Je l’ai dit précédemment, cet accord veut se conclure pendant que la plupart des Arabes encouragent Bachar el-Assad à épuiser avec lui l’Iran et le Hezbollah et que, comme moi, peu refusent de choisir entre lui et les djihadistes. Les Tunisiennes parties en Syrie faire le djihad du sexe rentrent enceintes. Puisqu’elles veulent toujours émigrer en Europe, pourquoi n’y emmèneraient-elles pas leurs illégitimes enfants ? Ils alimenteraient l’ « adoption pour tous » qui arrive, ou raviveraient la démographie européenne en berne. Avec ou sans adoption, l’Europe deviendra inévitablement plus basanée, et elle aura encore plus peur de contrôler sous le niqab qui la vainc déjà. L’Eurabia, comme certains l’appellent.

En se dirigeant vers l’Europe, les Nigériens traversent le Maghreb ou s’y installent. Le Maghreb doit les attraper deux fois, aux frontières du Sud et sur la côte. Les frontières du Sud étant plus difficiles à surveiller que les côtes, il entre plus de Nigériens qu’il n’en sort et cela donne l’immigration. Un autre sujet. S’ils ne donnent pas l’assaut à Ceuta et à Melilla, où des Espagnols les repoussent avant de venir eux-mêmes travailler clandestinement au Maghreb, ils s’installent dans la région algérienne de Msila. L’Algérie ne les y attrape pas, elle attrape pathétiquement ceux qui ne jeûnent pas pendant le ramadan. Pour l’instant, il n’y a qu’Aqmi et les sociétés pétrolières qui traversent entièrement l’Algérie du Nord au Sud. Un sens dans lequel lucratif et mortel se recoupent.

Sur le monde arabe, une conférence internationale devrait se tenir dans les prochains mois et même l’Iran y participera, avec le nouveau président, plus favorable au dialogue. En contrepartie, on lui proposera de consolider les récents acquis géostratégiques du chiisme. Les grands perdants du Printemps sont les pays Arabes et l’Europe. La France, particulièrement. Pour elle, ladite conférence sera plus un nouveau Yalta qu’un nouveau Sykes-Picot. Alors que leurs politiques étrangères, économiques et migratoires n’ont pas brillé ou ont échoué, les pays arabes et l’Europe ne veulent pas fonder des relations nouvelles. Sans action, le possible ne l’emporte jamais sur le probable, et le probable est que les exclusivités du passé ne dureront pas éternellement. Les temps changent, les aspirations des peuples aussi. On peut s’attendre à ce que, à cause des crises, de nombreux Arabes d’Europe connaîtront un excès de déception et de précarité et retourneront vers leurs pays d’origine. Cependant, il y aura du lobbying pro-arabe parmi ceux qui resteront en Europe, et ceux qui rentreront ne feront pas tous du lobbying pro-européen. Se sentant blousés et retrouvant ce qui les avait fait partir, ils en voudront aux responsables de leurs deux exils.


Hichem Achi

mardi 16 juillet 2013

Sociétés civiles arabes, entre instinct et idéologie

Ce 14 juillet 2013, le président français a été sifflé et hué par des opposants au mariage homosexuel, du mouvement Printemps Français. A première vue et au-delà de l’irrespect de la date, l’adoption de la loi n’a pas clos le débat. En réalité, le malaise des Français est plus grand. La France vient de perdre son dernier triple A, l’euro est remis en cause, le chômage augmente régulièrement, les capitaux fuient le fisc, les délocalisations ne s’arrêtent pas, les centrales nucléaires sont abandonnées, le gaz de schiste fait peur, l’opposition est mal en point, l’intégration est un échec et le timbre Marianne est inspiré d’une non-française. Malgré ces problèmes et bien d’autres, l’Etat est debout et on cherche des solutions.

Plus largement qu’en France, le monde se réveille en s’indignant et, l’indignation changeant peu ou prou les choses, une post-indignation s’annonce. Pendant que le monde s’organise civilement, le monde arabe demande à l’armée à l’organiser. Je me rappelle de ce slogan populaire algérien, du temps où je baignais dans une ambiance familiale communiste, de mon côté maternel (j’ai connu d’autres expériences, depuis). On scandait « الجيش، الشعب، ضد الرجعية » (L’armée, le peuple, contre l’intégrisme.) Sous entendu, l’intégrisme religieux. Dans ce slogan, l’armée arrive avant le peuple, le fusil est sollicité avant la conscience.

En Algérie, heureusement en retrait par rapport au Printemps arabe de la désillusion, la tendance est au rejet de l’islamisme politique et au plébiscite de l’armée. Tant mieux pour le rejet, dommage pour le plébiscite. A présent, les islamistes sont plutôt perçus comme des alliés de l’Occident planificateur du Printemps. Tout en sachant que les alliances sont plus répandues et plus complexes, je relève que les Arabes privilégient toujours la force au débat et supportent indéfiniment ceux qui leur font peur. C’est respectivement humoral et humain. Contradictoire, cependant, de la part de ceux qui disent vouloir en finir avec les régimes militaires.

Je reviens à la France qui est toujours un eldorado aux yeux des Algériens. Ceux qui n’y sont pas veulent toujours y aller, et ceux qui y sont restent malgré la crise. Que reviendraient-ils faire, à part exploser les prix de l’immobilier et faire échouer un peu plus l’arabisation ? Point positif ou négatif, selon l’émigration ou l’immigration, ils s’intégreraient comme s’ils n’avaient jamais émigré.

De par ma vision que je simplifie, ceux qui réfléchissent et critiquent dialectiquement sont les intellectuels. Parmi eux, ceux qui proposent sont l’intelligentsia. Enfin, parmi ces derniers, ceux qui ont du pouvoir sont l’élite. La société civile se rallie à l’intelligentsia ou à l’élite, elle est vigilante ou révolutionnaire pour que le civil l’emporte sur le militaire et le religieux. La révolte étant déclenchée par l’instinct et la révolution par l’idéologie, je persiste à dire que le Printemps arabe est un ensemble de révoltes et non de révolutions. Il est périlleux que l’instinct et l’idéologie se mélangent. Cela peut arriver quand il y a menace perçue ou réelle sur la patrie ou la religion. Dans les pays arabes, l’islamisme est le plus périlleux des deux, car il fait passer la religion avant la patrie.

Plutôt que de demander tout et son contraire, il faut réfléchir à comment prévenir le plus possible les abus éventuels des gouvernants. La transparence est un moyen, à condition de dépasser la classique liberté de la presse et de garantir l’accès à l’information, et pas seulement pour les journalistes. Les débats de l’Assemblée nationale pourraient être transmis intégralement et en direct sur une chaîne télévisée créée à cette fin. Puisqu’on lâche plus facilement la partie que le tout, il ne faut pas obtenir satisfaction à toutes ses revendications d’un coup. Sinon, c’est le coup d’Etat. C’est sur des revendications ponctuelles et progressives que les intelligentsias et les sociétés civiles arabes doivent se concentrer.


Hichem Achi

vendredi 31 mai 2013

Femen arabica


Aucune Femen n’est obèse ou squelettique. Alors, soit elles subissent un entraînement avant d’entrer en scène, soit les canons de la beauté disqualifient les autres activistes. La vision qu’a cette troisième vague féministe de la féminité est réductrice de sa cause. La première hypothèse est la plus plausible car tout producteur impose son casting et il est su que les Femen ne sont pas financées que par leurs cotisations. Gaëlle-Marie Zimmerman a dit que « la plastique des militantes aux seins nus est conforme aux standards de la mode ». Ce qu’elles réfutent. Quoi qu’il en soit, les fabricants de lingerie n’ont pas à s’inquiéter, eux qui ont survécu au féminisme le plus baba cool.

La première Femen arabe est égyptienne. Plus nue que les européennes et moins téméraire que la tunisienne qui est la première à l’avoir fait dans son propre pays et en pleine rue. Plus prudente que les fréquentes violées égyptiennes, aussi. La nouveauté a eu lieu le 29 mai dernier. Deux Femen françaises et une allemande ont manifesté en Tunisie, pour libérer la militante locale et dénoncer la condition de la femme dans ce pays. Maintenant qu’il se déplace après s’être exporté, le mouvement pourrait devenir une internationale socialisante. Pour dénoncer la condition de la femme dans d’autres pays arabes, elles devront être plus nombreuses.

Les Femen ne choquent pas parce qu’elles rendent public le corps de la femme. Il l’est déjà, le long d’une chaîne allant de la publicité à la pornographie. Ce n’est pas le nu, en lui-même, qui rend public ce corps. Les beaux-arts et la haute couture le montrent. Ces derniers ont su galber et dénuder, avec une beauté et un glamour qui écartent la bestialité. Hors ces deux là, la banalisation du nu féminin a anesthésié le désir masculin. Cette banalisation finit par ne plus vendre comme avant et il n’est pas impossible que la banalisation du corps de l’homme soit la réponse des mêmes exploitants.

Les Femen choquent d’abord, quand elles brisent la solennité des lieux dédiés. Manifester seins nus dans une cathédrale ou taguer une mosquée gérée par des salafistes est de l’irrespect envers les croyants, qu’ils soient ou non pour la théocratie. Elles étonnent ensuite, quand elles dénoncent l’exploitation du corps de la femme alors qu’elles le font elles-mêmes, soi-disant pour attirer l’attention. Elles gavent par l’image afin de dégoûter. Plus, en voyant le raidissement de ce qu’elles dénudent, on constate que l’adrénaline des amazones a remplacé le lait des mères. Même si les modèles traditionnels de société sont dépassés, je trouve violent qu’elles essaient d’imposer et je confirme que le féminisme souffre aussi bien de son ignorance du masculin que du machisme.

Les antiféministes affirment que le rabaissement et la culpabilisation du masculin l’ont psychiquement castré, ce qui aurait favorisé l’homosexualité et abouti au mariage homosexuel. Je suis d’accord que ce dernier n’est pas une simple question de liberté et d’épanouissement individuels, et le fait qu’on continue à manifester dans la rue française après sa légalisation prouve qu’on appréhende ses conséquences. Les nationalistes français, par exemple, craignent que leur pays ne procrée plus que grâce aux immigrés ou dans des laboratoires. Il y a sûrement un peu de racisme dans cette crainte, mais également un souci démographique et stratégique.

Je n’aime pas le sextrémisme des Femen mais, à son encontre, l’emprisonnement est une réponse d’ordre public, non de société. Ce qu’il faudrait, c’est plus de débat sur les modèles de société à venir. Ce débat inclut des spécificités locales, il en reste mondial, pas seulement arabe ou européen. Mieux ou pire que l’inertie, les actions de Aliaa Elmahdy et de Amina Sboui auront été un appel par l’absurde à la morale, et une façon de nous rappeler que la mondialisation ne fait pas circuler que des bulles financières.

Hichem Achi

mercredi 20 juillet 2011

La solitude malgré Facebook



Les gens sont de plus en plus seuls. Malgré la facilitation des moyens de communication et la multiplication des réseaux sociaux comme Facebook. En fait, les gens ne se sentent pas vraiment seuls, ils se sentent abandonnés et marginalisés.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes souffrent aussi de solitude dans le monde. Une étude de la Fondation de France, pour ne citer que cet exemple, constate que : « L'isolement relationnel en France est d'une ampleur considérable : il concerne 9% de la population de plus de 18 ans ». Selon un sondage TNS-Sofres mené avec SSVP et La Croix, souffriraient de la solitude 52% des 18-24 ans et 58% des 25-34 ans, contre 42% des 65 ans et plus. En Algérie, ces chiffres n’existent pas ou ne sont pas disponibles.

© ROMAIN CHAMPALAUNE/SIPA/SIPA


La médiatisation des évènements du monde ajoute au sentiment de solitude. On se sent tellement petit face à ce qui se passe au quotidien et on voit mal comment on pourrait attirer l’attention sur soi dans cette jungle médiatique où n’ont droit de cité que quelques chanceux souffrants ou quelques heureux ou malheureux people. Comment rivaliser avec Lady Gaga alors qu’on chante et qu’on se déhanche merveilleusement bien face à son miroir ? Comment dire sa valeur aux autres sans risquer de passer pour un prétentieux ? Pas facile.

Sur Facebook, n’importe quel détenteur de compte pourrait, s’il le voulait, se faire une dizaine de nouveaux amis par jour. Dans les faits, combien d’amis qui se sont connus sur Facebook sont-ils vraiment devenus amis, c’est-à-dire à concours d’entraide, d’intimité ou de complicité ? La plupart se contentent de jeter un œil sur ce que poste tel ou tel adhérent « ami » puis de cliquer, éventuellement, sur l’onglet « J’aime », comme on esquisse un sourire de complaisance à une personne qu’on rencontre pour la première fois de sa vie. De ce point de vue, les réseaux sociaux comme Facebook sont des miroirs aux alouettes. Sans parler de l’obligation de demander à un ami, qu’on connaît depuis longtemps, s’il veut bien qu’on devienne ami. Merci Zuckerberg !

Sur le même Facebook, les femmes ont presque toujours plus d’amis que les hommes. Allez savoir pourquoi … En revanche, les hommes non célèbres qui ont le plus d’amis sont les plus seuls. Ils passent leurs temps à demander à d’autres personnes de devenir leurs amis, sans quelconque affinité. Une façon de se sentir moins seul. Et puis, comment font les membres Facebook, qui ont des milliers d’amis, pour suivre le fil d’actualité ? C’est tout simplement impossible à faire.

Aussi, beaucoup de ceux qui sont sur Facebook ont des pseudos bizarres, voire vantards. Cependant, le pseudo n’est pas si trompeur que ça. Il traduit souvent un fantasme ou un état d’esprit, momentané, peut-être, mais révélateur. On pourrait penser que ça permettrait de se protéger de l’agressivité des autres et de la prédation intersexuelle. En tout cas, ça permet aussi de se cacher pour commenter en injuriant. Commode mais lâche, dans ce cas. Et ces collections d’avatars, chez une même personne, parmi lesquels aucun ne représente vraiment les traits de ladite personne. D’ailleurs, personne n’est moche sur Facebook et personne n’est gros. Pourtant, les moches et les gros, il y en a, et ils ont le droit d’avoir des amis, comme tout le monde.

Je sais que certains de mes amis Facebook vont m’en vouloir après cet article mais je m’en voudrais encore plus si je ne leur disais pas ce que je pense. Sans se laisser leurrer par ces réseaux sociaux, il faudrait être soi-même et saisir les occasions de se rencontrer, pour de vrai.


jeudi 7 juillet 2011

La France se droitise-t-elle ou se serre-t-elle simplement la ceinture ?


Les circulaires tombent les unes après les autres et les conventions s’organisent pour débattre de l’immigration ou pour la réguler. Le parti au pouvoir durcit le ton et veut conditionner les prestations sociales au respect du contrat d’accueil. Rien de plus normal jusque là, les immigrés sont soumis aux lois comme les autres.

Par contre, il en découle un supplément de difficulté pour les immigrés, d’origine Maghrébine notamment, pour travailler et vivre en France. La convention du moment, baptisée Les défis de l’immigration et prévue pour aujourd’hui 7 juillet, vient naturellement faire suite au débat sur l’islam et la laïcité organisé par l’UMP en avril dernier.

Des Français dénoncent une opération de séduction tournée vers les sympathisants et adhérents de l’extrême droite revigorée. D’autres, d’origine étrangère ou non, crient à la xénophobie. Si, comme je l’ai dit auparavant, l’opération de séduction est signe de tactique et donc d’appétit électoral révélateur de bonne santé politique, la xénophobie déclinée en quantité de synonymes à banderoles, elle, est discutable.

Refuser de recruter un postulant sur la base de son faciès est signe de xénophobie et, malheureusement, cela existe. Refuser de recruter un étranger non résidant en France parce que des compétences locales existent pour le même poste est compréhensible. L’exemple donné par Claude Guéant sur les maçons, entre autres, est significatif et ses chiffres n’ont pas été remis en cause. Il n’est pas normal d’abandonner ceux qui ont participé à créer la richesse sous prétexte que les temps sont durs. De même, il n’est pas possible de faire plaisir à tout le monde et de recruter tous les étrangers alors que les nationaux sont en crise. Que diraient les chômeurs Algériens si des travailleurs non Algériens leurs raflaient les postes sous le nez ? Certains diront que c’est déjà ce qui se passe. Oui mais la grogne monte et le gouvernement algérien ne pourra pas éternellement recourir aux contrats clés en main, défavorables à l’emploi des Algériens.

Je salue la volonté de codéveloppement à destination des pays d’origine et j’espère qu’il profitera réellement et directement aux concernés. Je déplore l’abandon de la personnalisation des menus dans les cantines scolaires françaises comme je déplore la Caution-retour demandée par l’UMP et qui pourrait freiner l’intensité de la mobilité, véhicule de vitaux échanges. Je laisse aux Français le soin de dire ce qu’ils pensent être ou ne pas être xénophobe et je repose les questions.

Les Algériens, pour ne parler que d’eux, vont chercher chez les autres ce qui est censé exister chez eux. Les opportunités existent, notamment pour l’initiative privée et l’entreprenariat, mais elles sont contrecarrées par la corruption. Que se passerait-il si personne n’acceptait de donner de pot de vin ? Pourtant, non seulement on donne le pot de vin mais on le propose avant même que le sollicité n’ait insinué quoi que ce soit. Dans la jurisprudence musulmane, celui qui donne le pot de vin est plus fautif que celui qui le reçoit. L’Algérie est bien un pays musulman, non ? Je connais déjà la réponse : Allah ghaleb (Dieu est contraignant). Tout aussi saisissant, aussi bien ceux qui donnent des pots de vin que ceux qui en reçoivent veulent quitter l’Algérie sous prétexte que la qualité de vie y est pourrie. Cherchez l’erreur.

La mobilité est signe de dynamisme et un pays dont les ressortissants ne voyagent plus s’affaiblit. Cependant, on peut bouger sans laisser derrière soi désorganisation et chaos à retardement. Les Algériens qui sont partis en faisant cela, et il y en a beaucoup, n’ont pas compris que faire mal aux autres finit par rattraper le malfaisant où qu’il soit. Lorsque les pays occidentaux, la France ou d’autres, les auront indirectement forcés au retour, ces Algériens retrouveront ici le cadeau empoisonné qu’ils avaient laissé avant leur départ. Plus pourri mais plus riche en enseignements.

Les Français gagneraient à ne pas passer à côté des compétences étrangères qui conditionnent leur polarisation de talents et, donc, de leadership dans de multiples domaines. Les Algériens gagneraient à penser à faire un peu de bien à leur pays, même s’ils sont libres de désirer s’installer ailleurs. Chercher les erreurs est le préalable à toute proposition de solution. Ne les chercher que chez les autres relève de l’auto-absolution, flatteuse de l’égo et amie de la fainéantise.



vendredi 24 juin 2011

L'Afghanistan après l'Occident



Barack Obama vient d’annoncer qu’il allait progressivement retirer ses soldats de l’Afghanistan, comme il l’avait promis en 2009. Immédiatement, le Royaume-Uni a soutenu la décision et la France a annoncé qu’elle allait également retirer ses forces de renfort. D’ici à fin 2014, il ne devrait plus y avoir de soldat occidental en Afghanistan. L’écho donné par le Royaume-Uni et la France au retrait états-unien ne prouve pas que les forces de ces deux pays ne sont pas autonomes. Ni celles des autres pays, d’ailleurs. Le fait est que ces troupes sont seulement là en renfort et que, à elles seules, elles ne peuvent pas tenir. D’autant que les Talibans gagnent du terrain depuis quelques années, nonobstant les analyses optimistes de certains journalistes occidentaux. Combattre le terrorisme est l’affaire de tous, cependant, la guerre à l’Afghanistan est avant tout celle des Etats-Unis contre les Talibans et les justifications de son déclenchement restent, à ce jour, discutables.

Avec cette annonce de confirmation de retrait, Obama gagne sur plusieurs fronts. Il tient parole, satisfait les 56% d’états-uniens qui voudraient que leurs soldats stationnés en Afghanistan rentrent au pays, coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui lui reprochent de dépenser 10 milliards de dollars par mois en Afghanistan, il se libère pour sa campagne électorale pour 2012 et il sort du match entamé par son prédécesseur en ayant été celui qui a éliminé Ben Laden. Que de bons points.

Alors, quelle suite pour l’Afghanistan ? Hamid Karzaï a applaudi la décision de Obama parce que son autorité sera renforcée par le départ des conseillers états-uniens à l’administration afghane qui ne lui ont pas toujours laissé la préemption de décision. Cependant, il sera seul face aux Talibans qui se souviendront qu’il a contribué à la chute de leur régime (1996-2001). Ils seront tentés de revenir au pouvoir, ou, à défaut, de le partager avec l’actuel président. Les Talibans à Kaboul ou alors chacun dans son fief, expansions souhaitables et accrochages attendus. Afin d’encourager les Talibans à se différencier d’Al-Qaida, le Conseil de Sécurité de l’ONU a « officiellement » décidé de ne plus considérer Talibans et Al-Qaida comme une seule et même entité. S’ils reviennent au pouvoir, les Talibans pourront à nouveau interdire aux filles d’étudier sous peine de leur couper le nez et les oreilles. Conformément à une charia qui leur est propre, puisque Mahomet (qsssl) n’avait jamais interdit aux filles d’étudier. Une charia locale qui permet aussi de transporter les femmes en burka dans les coffres des Lada soviétiques aux amortisseurs peu galants. Je suis habituellement contre la parité hommes-femmes dans les institutions, parce qu’elle peut faire dire que les femmes accèdent aux postes grâce aux quotas et non grâce à leurs compétences. Exceptionnellement, je bénis l’adoption de cette parité en Afghanistan car, au rythme ou évoluent les choses, les femmes ne devraient accéder aux postes importants que dans plusieurs décennies.

Mais qu’en est-il des intérêts géostratégiques états-uniens en Afghanistan ? Plus précisément, comment Obama compte-t-il garantir la sécurité des pipelines qui traverseront le pays en venant du Kazakhstan ?

Dans le scénario le plus probable, les Etats-Unis abandonneraient définitivement le tracé passant par l’Afghanistan. Le relief montagneux rendant le réseau difficile à construire et à entretenir. De plus, l’instabilité de la région (le Pakistan est considéré par beaucoup de stratèges comme le pays le plus instable au monde) n’encourage pas au maintien dudit tracé. Les pipelines passeraient alors vers l’ouest, en direction de la mer Caspienne.

Dans le scénario le moins probable, le retrait progressif permettrait de gagner du temps dans une situation d’enlisement et de redéploiement des Talibans, afin de se libérer pour les élections présidentielles, puis revenir par un quelconque prétexte, en ayant changé de tactique.

A noter que, quel que soit le scénario retenu, les Etats-Unis pourront toujours envoyer leurs multinationales et leurs services secrets pour « proposer » pipelines ou projets de développement. A coup sûr, ils garderont un œil sur l’Afghanistan. De même, ils n’excluront plus une possible intervention militaire en Iran, pour empêcher le nucléaire militaire et garantir les libertés individuelles en façade, pour garantir la mainmise sur le pétrole iranien en coulisses. Par la même occasion, Israël serait plus rassuré par la présence des Etats-Unis ou de coalisés sur le sol de celui qui voudrait rayer l’Etat hébreu de la carte. Une fuite en avant, car la seule véritable garantie de sécurité pour Israël est de faire la paix avec ses voisins en commençant par reconnaître officiellement l’Etat palestinien. Mais il n’y a pas qu’Israël qui serait rassuré par cette présence en Iran. L’Arabie Saoudite aussi le sera, elle qui craint le pire depuis l’annonce du retrait des troupes occidentales d’Afghanistan. Tout cela se dessinera en fonction des évènements à venir et, si la réélection de Obama ne devrait pas être une surprise, la nouvelle carte géopolitique du Proche-Orient est moins évidente à pronostiquer. En cours ou à venir, les révolutions arabes changent la donne en inaugurant une période d’incertitude qui sera suivie d’une période d’instabilité.

Je ne peux pas m’émerveiller de la présence américaine en Afghanistan mais, ce qui me consterne le plus, c’est qu’au regard de la situation économique et socioculturelle du pays, ce dernier ne dispose pas des outils nécessaires à son essor après 2014. Certes, le pays dispose d’une agriculture qui fournit environ la moitié du PIB, mais la culture du pavot (qui donne l’opium) en constitue la plus grande partie. Le pays dispose aussi de réserves de gaz et de minerais mais le réseau routier inexistant ou en mauvais état rend leur exploitation difficile. Le chemin de fer n’existe pas. A cela, il faut ajouter un taux d’alphabétisation faible (moins de 40%). Quant au tourisme, il faudra l’oublier pour le moment.

On dira que, même sans la guerre, le pays est enclavé et essentiellement montagneux, d’où son faible développement. Je réponds en donnant l’exemple de la Suisse qui est aussi enclavée et montagneuse, pour dire que c’est l’Histoire du pays qui lui fait prendre une bonne ou une mauvaise direction. La seule chose qui est évidente, c’est que le facteur qui pèsera le plus dans la pacification afghane sera le citoyen afghan lui-même et les Afghans ne s’en sortiront que s’ils font durer la paix et que s’ils entament la bataille la plus dure, celle du développement. Plus qu’avant, ils auront besoin de l’aide des autres pays et la diminution attendue de ces aides risque de replonger le pays dans le chaos en tentant la population de montrer son mécontentement par le soutien à ceux qui peuvent chasser Karzaï, c’est-à-dire les Talibans. On ne peut pas ne pas le craindre quand on sait que 97% du PIB de l’Afghanistan dépend de la présence de troupes étrangères et des organisations humanitaires.

L’Afghanistan est actuellement un bourbier international. Les forces de la coalition perdent de plus en plus d’hommes et sont confrontées aux tensions qui montent dans leurs propres pays. Des négociations sont en cours entre les différents acteurs présents sur la scène, entre les Etats-Unis et les Talibans, notamment. C’est déjà une bonne chose. J’espère que, d’ici 2014, les Afghans auront définitivement pris le chemin de la paix et du progrès. Plus aucun drone ne balancera de bombes, plus aucune statue de Bouddha ne sera dynamitée, les filles continueront à s’instruire sans être mutilées, les réfugiés pourront se réinstaller chez eux et tous les otages seront libérés.

Et si les Etats-Unis comprenaient enfin que leur politique étrangère a été le plus grand facteur d’émergence et de montée du terrorisme islamiste dans le monde ? Bien sûr qu’ils le savent déjà. Je ne m’étends pas sur la question qui m’amènerait à parler de la confrontation entre la globalisation et l’altermondialisme. Quelle que soit l’issue de cette confrontation qui connaîtra nombre de batailles, les sociétés civiles, y compris dans les pays musulmans, auront une responsabilité large ou limitée mais certaine. Gratuitement mais sincèrement, non seulement je me permets de rêver de lendemains meilleurs pour l’Afghanistan et pour le reste du monde mais, en plus, je dis Amen.


samedi 11 juin 2011

Cannabis bis Connection


Le débat sur la légalisation du cannabis est relancé en France et des centaines de personnes ont manifesté à Paris, il y a peu, pour demander de dépénaliser la consommation de la résine, la régulation de sa production et sa prescription dans un cadre thérapeutique. Le débat a été relancé suite aux récents règlements de comptes dans la ville de Sevran. Les affrontements diurnes au Kalachnikov disent la taille du marché et les rêves qui vont avec. Rêves de grosses cylindrées et de gros cigares achetés par des larbins masculins et allumés par des canons féminins. D’ailleurs, depuis quelque temps, le maire de Sevran sollicite l’intervention de l’armée. Pas moins. Inutile de s’attarder sur les origines des dealers. L’argent de la drogue n’a pas de race précise mais il est souvent basané.

Je me demande comment est-ce qu’on peut arriver à faire passer toutes ses armes par les frontières. Est-ce la faute à Shengen ? Ce serait trop facile de dire ça. De toute évidence, les Européens concernés gagneraient à revoir les clauses afin de s’adapter à la conjoncture qui risque d’être durable.

Le maire de Sevran est de ceux qui préconisent la légalisation du cannabis pour couper l’herbe (sans jeu de mots) sous les pieds des dealers. Il cite l’exemple de la Prohibition qui ne s’est terminée qu’en 1933, lorsque Roosevelt légalisa la consommation d’alcool. Après treize années de descentes et de carnages. Le gouvernement fédéral avait remporté quelques batailles, sûrement pas la guerre. Les enjeux étaient et sont trop gros pour que cela ne fabrique pas de téméraires candidats à la richesse ou à la mort. Je me rappelle la prohibition à livres et à scénarios dont je me suis délecté. Aujourd’hui, le mot que j’en retiens est : « Incorruptibles ». Une utopie en soi.

Au Pays-Bas, on a légalisé la consommation individuelle de cannabis depuis longtemps et le Portugal, qui a suivi, consacre 75 millions d’euros par an pour accompagner les toxicomanes, soit 12 fois plus qu’en France, à proportion égale de population. On accompagne les consommateurs pour ne pas les laisser au milieu d’une jungle d’offres de consommation. Le budget est important mais cela vaut le coup si les résultats affichés par le Portugal sont avérés. Un nombre de consommateurs en baisse.

Ceux qui ne veulent pas légaliser le cannabis arguent que la légalisation rabattra les dealers sur des drogues plus dures. Comme si le trafic de l’herbe allait les retenir de se lancer dans celui de la poudre. Avant d’être dealers de cannabis, ils étaient pickpockets puis vendeurs d’objets volés puis cambrioleurs puis racketteurs. Aujourd’hui ils dealent du cannabis et demain ils dealeront de la cocaïne. Il n’y a aucun doute là-dessus.
Autre avantage, la légalisation du cannabis prendra de court beaucoup de petits dealers. En voulant se recycler, ils n’auront pas assez de temps avant d’être neutralisés par l’Etat. Cela vaut mieux que d’attendre que le mal s’enracine pour essayer d’en guérir.

La guerre menée par les Etats aux narcotrafiquants est tout à fait louable mais elle m’amène à deux questions. Si le tabac est dangereux pour la santé, pourquoi pourchasse-t-on les fumeurs et laisse-t-on les fabricants de cigarettes en paix ? Dans une ville comme New York où il est interdit de fumer même dans son appartement et à Central Park, pourquoi le tabac est-il commercialisé ? Il y a moins besoin de répondre à la première qu’à la deuxième. Il faut, cependant, juste rappeler que les victimes sont toujours les plus pauvres. Maladies, taxes et pénalités. La triple peine.

L’Algérie n’envisage pas de légaliser la consommation du cannabis et, lors du dernier G20, elle a même essayé d’inscrire à l’ordre du jour la lutte contre le trafic de cette drogue douce.

D’un, je ne crois pas que les peines de prison actuellement appliquées soient opportunes pour les consommateurs individuels. Dans cette vision, l’institution algérienne en charge de la question, qui s’appelle « Office National de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie » devrait supprimer le dernier mot de son appellation. Les toxicomanes sont des victimes et ce sont les dealers qui sont les coupables. Les toxicomanes doivent donc être écoutés, accompagnés et soignés.

De deux, le trafic de cannabis, transitant fortement par le Maroc, ne doit pas rajouter au différend algéro-marocain sur le Sahara Occidental. Il serait temps de rouvrir les frontières terrestres avec ce voisin. Ce serait un début de normalisation en vue de la réconciliation des frères ennemis qui prétendent vouloir construire ensemble le Maghreb. D’ailleurs, la normalisation des relations permettra de collaborer dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues dures venant d’Amérique latine. C’est ce trafic là qui est le plus grand danger. En plus d’être un fléau sanitaire, social et criminologique, le trafic de drogues dures profite au terrorisme subsaharien et des chiffres inquiétants sont avancés par l’administration algérienne. Plus de 310 millions d’euros auraient été payés par les narcotrafiquants colombiens aux groupes armés, pour leur assistance aux narcotrafiquants maghrébins [1]. La situation est d’autant plus préoccupante que l'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, patine depuis sa création en 1997 et semble se battre contre des moulins à vents. Même les incursions et raids menés par les Etats-Unis contre les plantations colombiennes n’ont été que temporairement et relativement efficaces.

Le cannabis est interdit dans la plupart des pays du monde, conformément à la Convention Unique sur les Stupéfiants de 1961, qui a été largement influencée par la Prohibition états-unienne. Néanmoins, la tendance est à la distinction entre l’usage médical du cannabis et sa détention ou sa culture et commercialisation. Dans beaucoup de pays où la détention est interdite, la consommation personnelle est tolérée. Un pas en avant qui permettra de ne pas pénaliser ceux qui ont besoin d’être aidés au lieu d’être punis. Les toxicomanes doivent être soignés gratuitement et anonymement dès qu’ils manifestent la volonté de se faire soigner.

Le cannabis est la drogue la plus consommée en Algérie. Qu’en est-il réellement de la consommation de cocaïne et d’héroïne ? Les chiffres sont rarement communiqués et le sujet reste tabou. D’autres tabous existent. Qu’en est-il des femmes qui s’adonnent aux drogues douces ? Celles qui fument cigarettes ou cannabis sont dites salopes ou re-salopes quand les hommes qui fument cigarettes ou cannabis sont dits inconscients ou voyous. Qu’en est-il des adolescents et des pré-adultes qui se droguent ? Ceux qui se shootent à la colle ou aux psychotropes et qui ont même inventé fatwa et technique pour pouvoir se shooter tout en observant le jeûne du Ramadhan.

Autant de questions dont il faudra se saisir, préalablement à leur traitement. Taire les problèmes ne permet pas de les évacuer et c’est l’un des facteurs qui poussent les jeunes algériens à être candidats à l’exil ou à la pyromanie. Ces jeunes là ont besoin de centres de désintoxication et de travail. Surtout de travail.



Note :
1. Cf. Interview de Abdelmalek Sayeh, président de l’Office National de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie. Publié on-line le 15-05-2011 et consulté le 11-06-2011.

lundi 6 juin 2011

Les énergies se renouvellent en Euro-Méditerranée



Le monde a assisté dans l’impuissance à la catastrophe nucléaire (entre autres) qui s’est abattue sur le Japon. Apeuré au point d’en avoir un peu oublié que l’urgence était d’aider les Japonais même quand la décence de ces derniers les empêchait de crier au secours. Cette catastrophe aura remis sur la table la question de l’énergie de demain et à quelque chose malheur est bon.

L’Allemagne vient d’annoncer qu’elle va progressivement abandonner le nucléaire civil d’ici à 2022. Quand on sait qu’elle exporte de l’électricité vers les pays voisins, on s’attend à ce que les marchés euro méditerranéens de l’énergie en soient totalement bouleversés. Vont également abandonner le nucléaire, la Suède et la Suisse, l’Italie et la Belgique peut-être.

La France, pays européen le plus nucléarisé, n’envisage pas d’abandonner le nucléaire, pour des raisons d’autonomie. Pour elle, le risque à court terme est moins lié à l’approvisionnement qu’au mécontentement de sa population qui subira directement la hausse du prix de l’électricité et les délestages hivernaux. Sans compter la hausse des prix des produits domestiques et industriels, du fait de l’augmentation de leurs coûts de production, d’acheminement et de conservation. Les données pourront être retournées à son avantage si elle sait exploiter ce filon énergétique pour vendre son électricité nucléaire à prix fort, à l’Allemagne et à d’autres, et si elle réussit à persuader de son savoir-faire pour installer des centrales nucléaires dans les pays demandeurs, ce que sait aussi faire l’Allemagne. La concurrence entre Allemands et Français n’a pas fini de créer des tensions et de mettre à mal l’Union continentale, déjà éprouvée par la crise monétaire et la désolidarisation Nord-Sud dans la gestion des crises régionales.

La Russie est gagnante à cette annonce. Premier détenteur mondial de gaz naturel avec 25,02% des réserves, elle revient ainsi au premier plan desdits marchés et renforce sa position parmi les pays les plus puissants, comme au sein du G8. En plus du gaz et de la puissance nucléaire militaire héritée de la guerre froide, sa force résidait essentiellement dans la permanence de son siège au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU. En plus clair, son veto potentiel, qu’elle brandit ou met dès qu’il s’agit de ne pas s’aplatir devant les autres membres permanents.

L’Algérie aussi a du gaz naturel et détient 2,37% des réserves mondiales prouvées. En plus, elle a l’avantage de disposer d’un territoire vaste de plus de 2,3 millions de km2 où abondent le soleil et la silice, nécessaire à la fabrication de panneaux solaires. On constate un tardif mais bienheureux réalisme sur la stratégie énergétique algérienne. La visite du président algérien en Allemagne en décembre 2010 s’inscrit dans ce cadre et les promesses de coopération sont dites prometteuses, en particulier avec le projet Desertec qui sera piloté par des entreprises allemandes. Nécessairement, parce que les entreprises algériennes découvrent à peine le secteur après avoir oublié les autres, excepté celui de l’import.

L’Algérie a apparemment compris que ses réserves de pétrole ne sont pas inépuisables et que même si elle n’est pas encore à sec, il est plus que temps de diversifier ses sources d’énergie, en développant le solaire et l’éolien et en procédant à la construction de centrales nucléaires. D’autant que sa géologie et son aménagement du territoire ne rendent insoluble le problème de l’enfouissement des déchets radioactifs. Tout aussi rassurant, la Méditerranée ne présente pas de risques de tsunamis dévastateurs comme au Pacifique [1]. Les problèmes qui se poseront à elle pour sa stratégie nucléaire seront les sources de financement de ces nouvelles installations et l’eau nécessaire au fonctionnement de ses centrales. Pour le financement, il faut savoir qu’une centrale nucléaire coûte en moyenne 750 millions d’euros et que le coût prévu pour développer les énergies renouvelables sur 20 ans est de 62 milliards de dollars pour l’Algérie. Il sera toujours possible de trouver des solutions, quitte à cofinancer puis à exploiter en partenariat. Pour l’eau, le problème est plus difficile à résoudre. Je présume que les spécialistes ont pensé à ça lorsqu’ils ont conseillé de construire des centrales mais j’ai peur que ce ne soit juste du pompage depuis la grande nappe arlésienne du Sud. Tout le monde sait qu’elle est non renouvelable et des durées d’exploitation comme celle annoncée par la Libye (4000 ans), sont peu crédibles, même à faible débit.

Certains analystes croient le projet Desertec irréalisable. Nonobstant, les puissances occidentales encourageront l’Algérie à le mener à terme. D’abord parce qu’elles auront besoin d’énergie (15% de leurs besoins en 2030), puis parce que les énergies renouvelables sont stratégiquement moins problématiques que le nucléaire. Ce dernier présentant un risque dans la considération d’une montée de l’islamisme politique, surtout en ce printemps à soubresauts et aux lendemains incertains. D’ailleurs, aucune centrale nucléaire ne pourrait aujourd’hui être construite dans un pays instable sans l’aval des puissances du monde. On se rappelle les blocages du nucléaire iranien en dépit des garanties techniques de la part des Russes, la position de l’Iran vis-à-vis de son voisin israélien compliquant les choses à souhait. En Algérie les réformes politiques et sociales s’entament devant une opposition sceptique et, dans l’attente de savoir ce que donneront ces réformes et qui succèdera à Bouteflika, l’occident restera dans le Wait and See. D’ici là, il faudra se faire une raison et reporter la construction de centrales nucléaires pour plus tard. L’horizon 2020, avancé par le précédent ministre algérien de tutelle, est totalement impossible à honorer. Certains pensent même que l’Algérie n’aura jamais de centrales nucléaires et que le soutien de Barack Obama n’est que complaisance à visées contradictoires.

Justement, a propos du danger potentiel que représente l’islamisme en Algérie, le mouvement le mieux organisé, à savoir les Frères Musulmans, a complètement changé de stratégie. Entre ses deux tendances, l’a emporté celle qui prône la participation au pouvoir et le changement depuis l’intérieur de la citadelle. Hier frontalement opposés au régime, ils en sont aujourd’hui les alliés et ils ont réussi, de ce fait, à se rendre moins dangereux. En théorie. En pratique, la suspicion est toujours présente et l’alliance gagnant-gagnant (?) n’est que conjoncturelle. Le point d’interrogation mis entre parenthèses est pour dire que la stratégie des Frères Musulmans n’a pas permis de changer le système et, en plus, qu’elle a sensiblement décrédibilisé le mouvement aux yeux de la population.

Pour le système, le danger réel ne vient pas des islamistes, maquisards ou régaliens. Il peut venir de la population car la faiblesse du plan de relance économique entamée par Bouteflika n’aura pas réussi à ériger la décennie noire en épouvantail anti émeute. Le printemps n’a pas été le premier à le prouver et les émeutes qui l’ont précédé, à Alger et ailleurs, en sont la preuve. Le danger peut également venir des circuits internes où complots et coups d’Etat peuvent être fomentés ou montés. Les vendeurs potentiels de centrales nucléaires à l’Algérie sont conscients de ces risques et gardent toujours à l’esprit la possibilité de « désactiver de l’extérieur » les centrales qu’ils auront éventuellement installées.

Quant à la sécurité de telles installations, elle amène à parler du terrorisme. Or, celui-ci semble délaisser progressivement les motivations idéologiques pour s’orienter vers un banditisme mercantiliste qui menacera de sabotages et d’enlèvements de ressortissants. Les revers que font subir les Etats-Unis à Al-Qaida favoriseront cette mutation. Le plus grand terrorisme du XXIe siècle sera économique et sera mondial. Quant au terrorisme idéologique, il sera le fait d’individus ou de groupuscules altermondialistes et extrémistes à la fois.

Plus globalement, l’humanité peut-elle vraiment se permettre de tourner le dos au nucléaire ? Les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl (1986) et leurs conséquences politiques poussent à répondre par oui mais je ne crois pas que cela soit réaliste. Dans les discours politiques de la planète, la dimension écologique est en train de devenir élément de programmes mais il n’est pas exclu que certains pays retournent au nucléaire après l’avoir abandonné. Pour rappel, la France et l’Allemagne reviennent au charbon après l’avoir abandonné.

J’aimerais croire qu’on pourra se passer du nucléaire ou, au moins, qu’on est à l’aube des décennies du nucléaire et non du siècle du nucléaire. Seulement voilà, les énergies renouvelables sont encore considérées comme une mode par beaucoup de spécialistes et il faut dire que l’humanité n’a pas développé de palliatifs suffisamment à l’avance, entre lobbying de groupes pétroliers et faiblesse d’investissement dans la recherche. La véritable énergie de demain est le gaz naturel, mais pour combien de temps ? Il est possible que la désindustrialisation soit inévitable mais il est tout aussi possible de limiter les régressions qu’elle imposerait. Plus ces régressions seraient importantes, plus les problèmes surgiraient du fait des inégalités. Paupérisation massive, insécurité et conflits à profusion.

Le monde de demain ne sera pas fatalement apocalyptique, il sera ce à quoi nous le préparons aujourd’hui. Néanmoins, les données sont encore trop instables pour pouvoir privilégier un scénario sur les autres. Une chose est sûre, dans cette équation à plusieurs inconnues qui varient vite, des prestataires de services comme la Corée du Sud, les Etats-Unis, la Chine ou d’autres, ne resteront pas les bras croisés et certains d’entre eux ont déjà été approchés par l’Algérie. La bataille s’annonce donc longue et dure pour rafler les marchés qui se profilent dans la zone euro méditerranéenne. Surprises et coups de théâtres sont attendus.

Dans ce brouhaha de données géostratégiques, il était prévisible que l’époque du monopole de l’Occident allait s’achever mais l’élément humain reste certainement le plus difficile à prévoir. Personne n’a vu venir les révolutions arabes et nul ne sait sur quoi elles déboucheront, elles, celles des Grecs, des Espagnols ou des autres. Parce qu’il y en aura d’autres. Le problème dans les relations entre Europe et pays du Sud de la Méditerranée, c’est que les sociétés civiles, grandement désagrégées ou canalisées par les régimes en place, ne sont pas considérées comme interlocuteurs à prendre en compte. Or, ce sont elles qui créent les surprises en ce moment. Que la leçon serve.

En Algérie, il est normal de se demander quelles actions sont envisagées pour lutter contre des problèmes qui préoccupent tout autant que l’énergie, comme le chômage, la corruption ou l’allègement de la facture des importations de produits alimentaires. Pour l’énergie, des questions techniques restent en suspens. Quelles sources de financement pour ces projets et quels processus d’accompagnements bancaires ? Quelle part pour les Algériens en termes de formation et d’emploi, lorsqu’il sera question de réalisation, d’exploitation et de maintenance ? Quels critères pour départager les postulants ? Mais ça, c’est une autre histoire.


Note :
1. D’après Hamou Djellit du CRAAG, rapporté par le Quotidien Electronique TSA du 15 mars 2011.

jeudi 2 juin 2011

Assimigration



Le débat sur l’immigration est relancé. En fait il ne s’est pas arrêté depuis celui sur la laïcité, qui avait été hué. En France, Jean-François Copé a annoncé une convention de son parti pour courant juin, sur l’immigration. Claude Guéant participe déjà au débat et rappelle le constat quasi unanime de l’échec de l’intégration dans sa considération traditionnellement admise.

Contrairement à beaucoup de Français d’origine maghrébine (puisque c’est d’eux qu’il s’agit), je ne crois pas qu’il y ait danger à débattre de la relation de l’islam à la laïcité ou de l’immigration. Le danger est dans le fait éventuel de lier l’immigration au chômage ou à la crise. Les immigrés qui ont participé à créer la richesse ne doivent pas être tenus pour responsables et sommés de quoi que ce soit. Pourvu qu’ils respectent les lois et les traditions, ce qu’ils font bien dans l’ensemble.

Les propos d’un responsable peuvent être sujets à diverses interprétations sans que cela occulte les problèmes. Je ne dirai jamais assez que, si certains Français d’origine maghrébine s’intègrent parfaitement, d’autres ne veulent pas le faire. Ils ne veulent pas par entêtement ou par ignorance et confusion de notions.
J’entends et lis régulièrement ces derniers arguer qu’ils descendent d’une génération qui a participé à la libération de la France et à sa reconstruction après la seconde guerre mondiale. Or, ce qui est en cause, ce n’est pas leur présence en France ou leur pleine possession des droits citoyens. Ce qui est en cause ce sont leurs pratiques parfois choquantes. Ce n’est pas parce qu’on a participé à la libération d’un pays qu’on peut faire ce qu’on veut. On n’embête pas son voisin avec du bruit sous prétexte qu’on l’a aidé à repeindre sa maison. Les devoirs qui se limitent à ce que la loi impose sont les devoirs des moutons. Les devoirs des citoyens sont ceux auxquels ne contraint pas la loi.

Quant à cette histoire de visées électoralistes qu’on érige pour étouffer tout débat, quel parti politique dans le monde ne se saisirait pas des soucis de son peuple pour proposer des solutions et gagner des électeurs en plus ? Un parti qui ne le ferait pas n’aurait aucune raison d’être puisqu’il serait incapable de réagir face aux problèmes de sa société et n’aurait aucune ambition. A écouter ces râleurs, il faudrait qu’aucun homme politique n’initie de débat pour ne pas être taxé de racisme ou de populisme. Puis, quand le malaise grandira, on le taxera de laxisme. Entre ceux qui laissent faire et ceux qui réagissent, les deuxièmes sont toujours les meilleurs. Tel un bus transportant des gens de diverses cultures et origines vers une destination commune mais allant clairement dans une mauvaise direction. On peut laisser faire en sachant qu’on ratera sa destination comme on peut réagir. Il n’est pas impossible de se tromper encore de chemin mais, au moins, on a une chance de trouver.

J’avais déjà développé ma vison des choses sur les notions d’intégration et d’assimilation en disant qu’il fallait inventer un nouveau concept, l’assimigration, qui se situerait entre les deux. L’intégration n’est pas clairement définie dans le sens ou elle suppose simplement des choses ordinaires comme trouver du travail, payer ses impôts et obéir aux lois. L’assimilation, elle, véhicule des connotations négatives depuis l’inconscient collectif, véhiculées par le passé colonial. Alors, de trois choses l’une.

Une : On oblige les citoyens d’origine étrangère à abandonner tout leur background culturel et religieux sous peine de sanctions. Incompatible avec la république. La présidente d’un parti politique français nostalgique du gouvernement de Vichy voudrait aller à l’abolition de la double nationalité. Elle donne pour exemple le poids des Franco-algériens lors d’une éventuelle intervention armée française en Algérie, pour protéger les civils comme en Libye. Abolir ou maintenir la double nationalité ne concerne que les Français dont je ne suis pas. Néanmoins, j’aurais apprécié que cette présidente pense aux Algériens que son père avait torturés avant de penser à ceux que le système algérien mécontente. Je ne suis pas sûr que les morts de la baignoire Susini soient moins nombreux que les morts des attentats terroristes, toutes proportions gardées.

Deux : On laisse chacun faire ce qu’il veut, du moment qu’il ne contrevient pas directement à la loi, même s’il chemine vers la déliquescence de ce qui a été bâti au prix d’efforts et de sacrifices communs. Défaitiste et suicidaire. Le malaise grandira et se transformera en fronde, les crises durables ou passagères servant d’étincelle.

Trois : On trouve une solution consensuelle qui prend en compte les soucis et les attentes de tous les citoyens sans distinction aucune. Il est probable que personne n’en sera totalement satisfait mais chacun donnera du sien et se dira que rien n’est parfait et que rien n’est éternel. En plus de cela, le fait de faire mutuellement des concessions fait acquérir à un peuple le statut de nation. La différence entre les deux étant dans le fait de se sentir individu ayant des voisins ou de se sentir membre ayant des associés. Pour cette troisième solution (du consensus) qui me semble être la seule salvatrice, les débats sont prolégomènes. Alors pourquoi refuser, siffler ou injurier ?

Il faut que ces maghrébins réfractaires comprennent qu’ils sont l’une des principales sources du problème. Qu’ils ternissent l’image de ceux qui se sont adaptés aux traditions du pays d’accueil sans renoncer à leur(s) culture(s) d’origine ou à leur religion. Je ne dis pas qu’ils doivent tout accepter tel quel. Je dis que leur refus de débattre des questions qui les concernent dévoile leur malaise et leur peur de se regarder dans le miroir et leur entêtement finira par les faire détester de tous. Les comportements irresponsables qui ont sapé les pays d’origine ne donneront pas d’essor aux pays d’accueils.

vendredi 27 mai 2011

Le règne des réseaux



Sur initiative de la France, le G8 qui se tient ces 26 et 27 mai à Deauville, se fait précéder par le e-G8 Forum. Une rencontre regroupant les plus grands acteurs d’Internet (1) pour essayer d’organiser son économie. On envisage d’étendre le projet au G20 puis à la planète par le biais de l’ONU. Remarquable réplique au changement de données dû à l’émergence de nouvelles puissances économiques. Les pays du G5 détenaient 70% de la richesse mondiale lorsqu’ils se sont réunis pour la première fois en 1974. Aujourd’hui, ils n’en détiennent plus que 43% et ne représentent que 13% de la population mondiale. Nonobstant le passage du G5 au G8, il fallait réagir pour ne pas perdre le monopole.

On disait du G8 et du G20 qu’ils ne servaient qu’à faire de jolies photos souvenirs. Les seules véritables rencontres étant celles qui se faisaient en tête-à-tête, notamment entre les Etats-Unis et la Chine. En réalité, à chaque rencontre du G8, le classement des duos par degré d’importance est fonction de l’acuité des questions conjoncturelles, inscrites ou non à l’ordre du jour. Pour ce rendez-vous de Deauville et à la lecture de l’actualité, des pays souvent traités de figurants, comme la France, décrochent des rôles d’affiches. La France se redéploie culturellement avec l’ouverture du Louvre Abu Dhabi, elle a initiative dans les conflits en Libye et en Côte d’Ivoire et elle nomine Christine Lagarde à la tête du FMI après son compatriote. Ceci propulse le pays au devant de la scène internationale. De Cannes à Deauville, Nicolas Sarkozy aura grimpé des marches et pas seulement avec La Conquête. En tout cas, avec le e-G8, la question de l’utilité de ces rencontres vient de trouver sa réponse. Question parallèle : faudrait-il deux ou trois chiffres après le G pour que l’Algérie y soit définitivement admise ? Le classement CNUCED donne une idée dudit chiffre (2).

Tout spécialement après les dégâts de la dernière crise financière mondiale (il peut y en avoir d’autres), le chiffre d’affaires du commerce sur Internet donne le tournis et l’eau à la bouche. 8 000 milliards de dollars, rien que ça. On comprend alors que les appétits s’aiguisent et que la bataille, pour s’accaparer des parts de cet immense marché, ne fait que commencer. D’autant que ce sera le commerce qui devrait souffrir le moins de blocages frontaliers. Un Shengen commercial planétaire, en quelque sorte. Le rêve. Quand je dis le moins de blocages douaniers, je parle des pays où l’Etat de droit est acquis. Pour les autres, la douane officieuse pourrait très bien élire domicile chez les fournisseurs d’accès à Internet, par exemple.

Avant le G8, le G7 avait tenté de réunir trois savants par pays, pour essayer de mettre en place une plateforme pour synthétiser le savoir et la philosophie de la science. Michel Serres, qui en a été, reconnaît que ce fut un échec 3. Les savants n’ont pas réussi à se mettre d’accord à cause des différences culturelles et religieuses et ont donc décidé de s’arrêter au bout de trois rencontres. Michel Serres ne s’en étonne pas et confirme l’inutilité de cette initiative car « la science était déjà universelle depuis des millénaires ».

Le e-G8, lui, n’aborde pas cette question. La science redevient moyen et non fin. Le besoin de savoir, commanditaire de la découverte, n’en sera pas enterré mais le débat sur la contribution de la science au bonheur de l’humanité se poursuivra ailleurs. Par contre, lors de ce premier e-G8, il est question non seulement de commerce mais de politique. L’échec de l’intégration des pays en voie de développement dans l’économie mondiale n’est sûrement pas dû uniquement à la CNUCED. Cependant, l’OMC a surgi pour prendre la place, avec des objectifs pas nécessairement similaires. Aujourd’hui, l’incapacité de l’ONU à apporter des réponses aux interpellations qui lui sont destinées, pousse à envisager un gouvernement mondial. Le e-gouvernement. Ses promoteurs disent qu’il est pour plus de démocratie et de transparence, que les internautes pourront y accéder et/ou y participer et qu’il sera modifiable, voire supprimable, à tout moment. J’espère que c’est vrai et que sa charte ne sera pas le Web Patriot Act.

Le commerce par Internet annonce-il la fin des traditionnels comptoirs, show-rooms, foires et expos ? Pas tout de suite. En attendant de savoir qui supplantera l’autre, les questions sont ailleurs. D’une : quels avantages et quels inconvénients ? De deux : a-t-on le choix ?

Sur la première question, comme avantages, le e-trading permettra peut-être de résorber les déficits des économies des pays développés 4 en prenant la relève des planches à billets. Il diminuera l’énergie grise et stimulera la matière de même couleur. Quelques internautes s’enrichiront en inventant des services qu’ils monnaieront ou en sachant investir aux nouvelles bourses. Car il s’en créera de nouvelles.

Comme inconvénients, le e-trading ne sera pas palliatif au fait que l’agriculture occupe aujourd’hui 1% de la population mondiale alors qu’elle en occupait 15 dans le passé. Il sera probablement impossible de poursuivre tous les plagiaires et trafiquants. Beaucoup d’internautes seront ruinés, en jouant aux bookmakers, au poker ou en ne sachant pas investir aux bourses traditionnelles. Car ils auront peur des nouvelles, comme les perdants ont peur de la nouveauté.

Finalement, le e-trading sera un moyen comme un autre, c’est-à-dire utilisable à bon ou à mauvais escient.

L’Algérie, elle, est actuellement parmi les pays qui fournissent les 1,5 litres de pétrole nécessaires à la fabrication d’un ordinateur, moins pour un téléphone. De ce fait, elle pourrait se frotter les mains en pensant que le e-trading augmentera le nombre d’appareils et de machines dans le monde. Il ne faudrait pas qu’elle s’endorme sur ses lauriers et qu’elle oublie de se diversifier. Qu’elle reconstruise ou non son industrie et son agriculture, elle n’a pas d’autre choix que de rebondir sur cet évènement pour améliorer la qualité de son réseau Internet et les services périphériques. De toutes façons, même le commerce des hydrocarbures sera soumis à la spéculation sur Internet. Quoi qu’on fasse, le seul choix qu’on a est celui de suivre ou de rester sur la marge. Ceci pour répondre à la deuxième question.

J’en viens aux courants d’idées présents au e-G8 Forum, pour dire qu’à force de vouloir le tout payant, on risque d’exclure les pays les moins développés, plus qu’ils ne le sont déjà. En plus de la pénalisation commerciale, l’espace de liberté qu’est Internet, deviendra une frustration de plus et une raison supplémentaire pour souhaiter ou provoquer les révolutions. La cyber criminalité et le e-terrorisme augmenteront avec le reste, ça c’est sûr. Prétendre disposer des moyens adéquats pour lutter contre ces fléaux serait faux. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter le processus. Le risque zéro n’existe pas et il faut faire confiance aux générations montantes pour trouver des solutions aux problèmes qui se poseront.

La tendance actuelle à aller vers les contenus payants sur Internet, pénalisera également les internautes qui n’ont pas la possibilité de payer, pour diverses raisons. Pour ne parler que de l’Algérie, le paiement on-line par carte bancaire n’est pas encore disponible. Sans parler du risque de se faire voler son numéro de carte, ce à quoi il n’existe pas encore de parade rassurante. Le tout payant est privilégié par le magnat Rupert Murdoch, entre autres.

Heureusement que les avis divergent et que différents courants sont représentés. A contre-courant de Murdoch, Jimmy Wales opte pour la gratuité et le partage de l’information. Je sais comme lui que les réseaux sociaux tels Facebook n’ont pas été conçus par militance humanitaire. Ce sont de colossales banques de données destinées à être vendues aux e-traders. Les données personnelles des adhérents sont autant d’informations qui permettront de cibler les clients potentiels en fonction de leurs goûts et de leurs affinités. Sûrement pas en fonction de leurs besoins. Le besoin étant, depuis longtemps, créé par le vendeur pour être proposé à celui qui ne l’éprouve pas.

Pour ce qui est des droits d’auteurs et de la propriété morale, il faut distinguer entre plagiat et emprunt. Le premier est répréhensible, le second est acceptable du moment qu’il n’est pas lucratif et qu’il mentionne la source.

Je me joins à certains participants au e-G8 Forum et je soutiens la fin de l’anonymat, pour barrer la route à ceux qui injurient en se cachant derrière des pseudos plus prétentieux que les contenus de leurs commentaires. Cependant, la fin de l’anonymat doit être accompagnée de mesures garantissant la liberté d’expression. Faute de quoi, l’interface Web sera le plus grand indic au service des dictateurs. Demander à ce que des ONG, comme Human Wrights Watch, soient partenaires de ce projet est peut-être optimiste, mais l’ONU ou le e-gouvernement devrait exiger la possibilité de rester anonyme, pour les internautes des pays classés comme dictatures.

Le monde est plus urbanisé, plus connecté. Ce qui n’a pas changé et qui ne changera pas, c’est qu’il y a des leaders et des suiveurs. Au bout de ce premier bilan, je suis plutôt pour le e-trading. Le tout étant de savoir se positionner au niveau de cette nouvelle toile afin de ne pas être exclu du ‘e’ après l’avoir été du ‘G’.



Notes :
1. Parmi les participants au e-G8 Forum de mai 2011 : Jeff Bezos (Fondateur et PDG d'amazon.com) ; Rupert Murdoch (PDG de News Corporation et propriétaire de MySpace) ; Eric Schmidt (Président exécutif de Google) ; Jimmy Wales (Cofondateur de Wikipedia) ; Mark Zuckerberg (Cofondateur et PDG de Facebook).

2. Voir le rapport de la CNUCED pour 2010 sur http://www.unctad.org/en/docs/wir2010_en.pdf p.176.

3. Cf. Intervention de Michel Serres pendant l’émission Ce soir ou jamais du 26 mai 2011, sur France3.

4. A titre d’exemple, le déficit commercial des Etats-Unis est d’environ 1 500 Mds de dollars et va en augmentant.


vendredi 13 mai 2011

La fin de Shengen ?




Le Danemark vient de décider de contrôler ses frontières pour lutter contre certains trafics qui transiteraient par l’Allemagne et la Suède. Quelque temps avant, la France avait demandé à revoir les accords de Shengen après le déferlement d’immigrés clandestins que l’Italie évacuait vers le Nord en leur donnant des laissez-passer. Est-ce le début de la fin des accords de Shengen ? Le problème n’est dans la fin ou la continuité de Shengen. Un accord n’est jamais éternel et n’est plus bon s’il n’est pas adaptable aux besoins du moment. Ces accords avaient été mis en place pour faciliter la circulation entre citoyens de pays sensiblement proches en niveaux de vie. Pas pour des voyageurs venant du Sud et que la richesse de leur pays ne sédentarise pas. N’empêche que la droitisation de l’Europe est bien là. Même les partis de gauche s’y mettent et l’un d’entre eux tente de freiner l’immigration tout en camouflant son timide rapprochement de l’opposition par la caution du Sénat. Il faudrait juste qu’on ne se trompe pas de cible en pensant que les seuls coupables sont ceux que désigne l’extrême droite.

Avant la révolte, je comprenais la détresse qui faisait jeter les jeunes du Sud à la mer. Néanmoins, ne serait-il pas plus logique qu’ils restent maintenant chez eux pour bâtir le modèle social qu’ils réclamaient ? Personne n’affirme que ce sera facile, mais peut-être que certains voudraient que ça s’arrange tout seul. C’est dire que les plus virulents, comme Alain Finkielkraut, peuvent parfois avoir raison.

A Constantine, il serait temps que l’autorité comprenne que cette autre migration qu’est l’exode rural, fait plus de mal que de bien dans ses proportions actuelles même si elle est diurne au centre-ville. Le chômage ne peut pas être prétexte à tout et on n’est pas obligé de gêner la circulation pour pouvoir vendre ses pacotilles non imposables.

Une chose est sûre, il n’y a pas que le Parti du Peuple Danois qui doit fêter ce succès et les rabatteurs d’adhérents potentiels aux partis européens d’extrême droite doivent se frotter les mains et les escarcelles. Le questionnement par l’UE et la gêne qui l’accompagne rajouteront à la liesse des ex diabolisés. Au moins, le récent toilettage aura servi à être présentable pour la fête, à défaut de se raser le crâne et de faire le salut nazi, sous la statue de Jeanne d’Arc.

La droitisation de l’Europe traduit une sensation d’insécurité, en grande partie générée par la crise financière mondiale et renforcée par le triste spectacle néo-hellénique. Heureusement que l’art est de quelque secours. Une œuvre comme la sculpture Léviathan de Anish Kapoor, actuellement exposée au Grand Palais, rassure par ses 15 tonnes de PVC (rouge comme un placenta protecteur) et stimule l’imagination, selon les propos des visiteurs. Les gens ont donc besoin d’être rassurés. Qu’ils se rassurent surtout en comprenant qu’il n’y a pas de monde sans problèmes et qu’il leur est impossible de rester dans leur opulence. Les temps sont durs mais pas insurmontables.

La recherche de sécurité à tout prix est un piège. A force d’évacuer le risque on finit par ne plus savoir quoi faire dans la crise. Le Cybercar qui est en cours de testage à La Rochelle est-il l’aboutissement d’une recherche supplémentaire de cette sécurité ? Il est possible qu’il soit pensé pour remplacer progressivement la voiture et étayer le covoiturage. Il gagnerait aussi à na pas détrôner le bon vieux bus qui serait idéalement conduit par des jeunes de banlieues. Ces derniers sauraient qu’on leur fait confiance et laisseraient la caillasse dans les bacs à fleurs.

Contrôler ou limiter les entrées en Europe est du ressort des Européens mais ils doivent savoir que se s’enfermer sur soi serait une erreur fatale et la programmation de sa propre déchéance. Alors, il s’agit de garder la tête froide et de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier.


samedi 23 avril 2011

Entre intégration et assimilation




Sur la chaîne télévisée LCP1, on a annoncé que deux Français sur trois pensent que le modèle d’intégration à la française fonctionne mal. Au cours de la même émission, Henri Guaino a utilisé l’expression « désintégration de la société française ». L’expression pourrait sembler être un peu forte. Un peu forte pour le moment. Si rien n’est entrepris, il y aura désintégration. C’est pour cela que je renouvelle ma caution pour l’actuel débat sur la laïcité en France et ce n’est pas l’aveuglement volontaire de certains ni une verte cocarde en forme d’étoile à cinq branches qui pourra évacuer le malaise. Ceux qui sont montrés du doigt ne sont pas les musulmans. Ce sont ceux qui refusent de respecter les autres. J’aurai la même opinion de ceux qui ne respectent pas les autres, qu’ils soient ou non musulmans. Et là, j’ouvre une parenthèse.

J’entends tout le temps dire que le respect doit être mutuel et que les non musulmans doivent respecter les musulmans dont le mode de pratique religieuse est plus visible que celui des coreligionnaires. Le respect n’est pas seulement de se tolérer mutuellement, d’accepter la différence et de se dire bonjour. Celui là est civiquement indispensable et personne ne le remet en cause. Le respect consiste à adopter l’héritage culturel du pays dans lequel on se trouve. A ceux qui disent qu’ils sont en France depuis plusieurs générations et qu’ils sont aussi français que tous les autres, je dis que l’héritage culturel d’un pays ne se métisse pas et ne mue pas en quelques générations mais en quelques siècles. Lorsqu’il y a présence de plusieurs cultures dans le même temps et le même espace, c’est toujours la dernière arrivée qui doit faire le plus de concessions. Pas dans sa foi mais dans ses traditions. Lorsque c’est le contraire, cela devient une révolution. Avec le temps, la deuxième culture devient, à part entière, un élément de la culture endogène.

Les Français doivent également se rendre compte que les anciens processus d’apprentissage de la citoyenneté ne sont pas nécessairement les mieux indiqués pour aujourd’hui. Parce que les immigrations qu’ont précédemment connues les pays d’accueil iront en s’accélérant. Les révoltes arabes finiront par s’apaiser et les flux d’immigrants ne se déverseront plus avec autant de force sur Lampedusa pour remonter par la Côte d’Azur. Par contre, les flux d’immigrants mus par les changements climatiques iront en croissant. Le phénomène ne sera pas spécifique à la France ou à l’Europe et les pays du Maghreb seront également concernés. Les mécanismes d’apprentissage de la citoyenneté devront donc être pensés pour le long terme.

Lors de la même émission, un intervenant a dit qu’entre intégration et assimilation, il y avait la citoyenneté. Certes, seulement voilà, cette citoyenneté a fait l’objet d’un apprentissage et d’une législation qui n’ont pas été pour répondre aux données actuelles. La législation est en train de changer, pas l’apprentissage. Pourtant, c’est le plus important des deux. Dans un pays où l’immigration est infime, l’apprentissage de la citoyenneté ne pose aucun problème en particulier parce qu’il est fait par des jeunes et futurs citoyens qui ressembleront énormément à leurs aînés. On ne se pose pas la question de savoir ce que va devenir l’enfant d’une Algérienne et d’un Algérien vivant en Algérie. Autrement dit, cet apprentissage de la citoyenneté se faisait naturellement. La même simplicité n’est pas possible dans l’actuelle France où des Français sont Français depuis quelques décennies seulement. La question n’est pas de savoir qui a tort ou qui a raison mais de savoir que faire pour « bien » vivre ensemble. Je ne doute pas que, dans le futur, cet apprentissage redeviendra « opérationnel ». Cependant, le décalage qui existe aujourd’hui a besoin de quelques retouches afin d’être actualisé. En 1582, Le pape Grégoire XIII a jugé nécessaire d’incrémenter le calendrier en sautant dix jours. En faisant cela, il n’a pas été infaillible mais il a agi. Cent soixante-dix ans plus tard, les Britanniques ont dû incrémenter à leur tour.

J’ai mis le mot « bien » entre guillemets parce que le « vivre ensemble » peut se faire de différentes manières, y compris par le « mal vivre ensemble ». De fait, à bord d’un même bateau, on n’a pas vraiment le choix. Bien vivre ensemble est possible et al-Andalus en est un bon exemple. Là, on a réussi à bien vivre ensemble parce qu’on a su bien doser la marmite.

Contrairement à ce beaucoup croient, les musulmans qui ont régné sur al-Andalus ont plus arabisé qu’islamisé. Conclusion, la religion était l’affaire de tout un chacun et cela rappelle une certaine laïcité dont discuter semble aujourd’hui être irritant et presque blasphématoire. La pratique religieuse était volontairement affichée, et même exhibée, parce que l’islam était religion d’Etat et que le monarque se devait de montrer sa piété. Par conséquent les trois facteurs de cohésion étaient : la langue officielle, le destin commun et l’unité décisionnelle. Après que cela ait été dit, il devient clair qu’il est fondamental d’exiger des nouveaux immigrés qu’ils maîtrisent la langue du pays d’accueil et qu’ils se plient à l’autorité des lois locales. Pour le destin commun, c’est autre chose à cause de la double appartenance que procure la double nationalité.

Le modèle multiculturel d’al-Andalus, où les cultures étaient diverses mais nettement séparées, ne peut pas marcher aujourd’hui parce que, en ce temps là, les entités culturelles étaient dans un rapport de dominant à dominé. Les cultures cohabitaient mais une seule avait la priorité sur les autres : celle qui était au pouvoir. Ce qui n’a pas empêché que des non musulmans soient régulièrement sollicités pour leur compétence. Une polarisation de talents qui a fait émerger le pays. Plus tard, les réfugiés d’al-Andalus au Maghreb (entre autres) se sont enfermés sur eux-mêmes et ce fut progressivement la décadence.

Ce modèle là ne peut même plus être envisagé car il supposerait un virage brutal à chaque fois qu’il y a alternance au pouvoir, quelle que soit l’échelon de ce pouvoir. Il n’y aurait plus de progrès car chacun consacrerait son mandat à démolir ce qu’a construit son prédécesseur. L’expérience du multiculturalisme ne peut pas marcher aujourd’hui parce que les citoyens sont dans un rapport d’égalité. Personne ne peut dominer l’autre. On peut l’emporter en faisant valoir son talent, et se faire élire est une démonstration de son talent, mais une fois l’ayant emporté, on ne peut pas imposer sa loi. Les expériences, britannique et allemande, du multiculturalisme ont enregistré quelques succès mais sont globalement perçus comme des échecs. Pas à cause de la multiplicité des cultures et de leur antagonisme, apparent ou réel. Elles ont été des échecs à cause de la double appartenance (double nationalité) et à cause de l’incapacité de certains citoyens d’origine étrangère de se départir de quelques traditions fondamentalement construites autour de l’unicité en tout. La meilleure réponse à ceux qui rejettent en bloc la culture du pays d’accueil est de les mettre devant leurs contradictions. Oui, il y en a et j’espère pouvoir en parler prochainement plus en détail.

Je reviens à la citoyenneté. La preuve qu’elle ne suffit plus est dans le fait qu’elle ne donne plus les résultats espérés et c’est déjà une avancée que toutes les tendances le reconnaissent. Par ailleurs, la citoyenneté est un concept qui touche aux comportements du citoyen au sein d’une société qu’il considère sienne (je ne dis pas « comme » sienne). Or, certains ne se considèrent citoyens que par leurs papiers civils, mais pas par leur obédience civile. Par obédience civile, je parle de ce sentiment d’appartenance qui fait en sorte qu’on est content lorsque le pays gagne la coupe du monde de football (par exemple) même si l’on n’aime pas le foot. Le minimum de cette obédience civile est de ne pas siffler l’hymne national du pays dont on a la nationalité. Pourquoi ? Parce que personne ne peut accepter qu’on ne respecte pas ses symboles et parce qu’on ne peut qu’être content lorsque les siens le sont.

Certains Français ne se sentent pas français. Ils ne se sont pas intégrés et ne veulent pas être assimilés. Sur le deuxième point, je les comprends comme je comprends Aimé Césaire qui a consacré sa vie à ériger la négritude face à l’assimilation négatrice de l’identité. Je crois qu’il faudrait inventer un nouveau concept qui se situe entre les deux. Humoristiquement, je dirais : « assimigration ».

Cela me rappelle une anecdote. Lors d’une discussion chez des amis, autour de l’état inquiétant dans lequel se trouvait Constantine (ça a empiré, depuis), un voisin mozabite fraîchement installé m’avait demandé malicieusement : « Moi, je ne suis pas Constantinois. Finalement, c’est quoi que d’être Constantinois ? ». Je répondis : lorsqu’on ne jette pas ses ordures par la fenêtre, on est citadin. Lorsqu’on se sent mal à l’aise parce que d’autres habitants de Constantine jettent leurs ordures par les fenêtres, on est Constantinois. Après ça, peu importe qu’on y soit né ou non.

A la ghettoïsation, contribuent les cités dortoirs. Ces « zones » d’habitation en forme de parallélépipèdes où on peut caser un maximum de gens, sont une erreur de l’urbanisme. Le constat n’est plus à prouver, il faudrait juste penser aux palliatifs. L’urbanisme est une très grande discipline où l’on apprend qu’à problème complexe, solution complexe. Une initiative comme celle qui permet aux demandeurs d’acquérir un logement, à un prix fixé d’avance, ne peut pas donner les résultats escomptés pour deux raisons. D’abord, un futur acquéreur n’est pas en mesure de choisir sans qu’il n’ait de mauvaises surprises au bout de son choix. Trop de considérations lui échappent et cela est l’affaire de professionnels. Puis, la réalisation de ce genre de logements est trop étalée dans le temps pour pouvoir maîtriser les fluctuations des prix des matériaux de construction. Le fait que telle ou telle expérience n’ait pas donné les résultats escomptés ne doit pas faire baisser les bras. Aucune solution n’est bonne toujours et partout. Une solution est bonne pour un problème donné et à un moment donné. Une chose est sûre, il faut éviter de regrouper les habitants en fonction de leur religion, de leur race ou de leur origine. Il est très important que tout le monde se mélange. La seule discrimination qu’admet l’urbanisme est celle qui classe les logements en fonction de leur coût de revient ou d’entretien. Ne pas admettre cette classification revient à être pour un égalitarisme plus qu’utopique et c’est précisément cette idéologie là qui pousse à caser au lieu de loger.

Pourquoi ne pas utiliser la main d’œuvre disponible dans les cités périphériques pour construire de nouveaux logements ? Les jeunes qui sont peu qualifiés et au chômage peuvent rapidement être formés. Un manœuvre peut apprendre sur le tas. C’est comme cela que se sont formés ceux qui nous ont bâti nos édifices et nos villes, quand il n’y avait pas encore de centres de formation. Résultat, le jeune acquiert une qualification et décroche un poste. Lorsque ce poste est le premier de sa vie, ce jeune gagne plus qu’un salaire. Il aura appris que rien ne se gagne facilement et que le travail procure ce qu’aucun métier parallèle ne procure : la dignité.

Dans un précédent article, j’avais dit que l’expérience d’orientation et de canalisation des jeunes avait échoué en Algérie. Je ne crois pas qu’elle puisse réussir ailleurs. Les jeunes auront toujours besoin des moins jeunes et vice-versa. L’idéal est de se mélanger pour partager les expériences et les conseils. Nonobstant, des mécanismes de réinsertion des jeunes doivent être mis en place. Peu importe ce vers quoi on les orientera ou encouragera. L’essentiel est de combattre sans répit leur oisiveté car elle mère de tous les vices. Pour ceux qui commettent de petits méfaits comme la dégradation de mobilier urbain, je crois que le mieux serait de les obliger à fournir quelques jours de travail d’utilité publique, spécialement dans les unités qui fabriquent ou entretiennent ce mobilier urbain. Comme ça, ils auront une idée des efforts qui ont été consentis pour mettre ce mobilier à la disposition de tous et ils réfléchiront à deux fois avant de récidiver.

Je parle maintenant un peu de l’école républicaine dont tout le monde dénonce l’éloignement de ses missions originelles. A mon avis, améliorer les conditions sociales des familles des élèves en difficulté ne suffit pas à résoudre le problème. Une certaine autorité est nécessaire vis-à-vis des enfants et j’ai vu des enseignants (à la télé) presque supplier les élèves qui tiennent tête. Je sais que c’est très difficile pour ces enseignants et je tire chapeau bas à leur résistance à l’envie de tout plaquer. Cependant, ils devraient être plus intransigeants. La considération de l’enfant comme un sacré intouchable est un élément qui encourage à cette rébellion. Autrefois, les instituteurs n’hésitaient pas à donner des claques, pour autant, je ne suis pas spécialement favorable à ce que cela reprenne. Néanmoins, bien que j’aie été sage dans mon enfance, je ne me rappelle pas que mon père m’ait donné raison face à un adulte, fut-il dans l’erreur. Surenchère, certains préconisent d’interdire aux parents de donner des fessées à leurs enfants. Comme si un enfant était capable, par sa propre conscience, de distinguer le bien du mal et de ne pas faire de bêtises.

Je sais bien que des injustices sont constamment commises dans la relation complexe entre enfants et adultes. Qui d’entre-nous n’a pas lui-même connu d’injustice où on a donné raison à l’adulte alors qu’il avait tort ? Cependant, le fait de donner raison à l’adulte, dans l’impossibilité de trancher équitablement, fournit à la société une génération de futurs adultes qui sauront faire valoir l’autorité et éviter pas mal de dérives. Sans nécessairement être des bourreaux.

Les enseignants ont l’impression d’être abandonnés et ils finissent par se lasser. Il faudrait donc qu’ils soient plus rassurés et plus épaulés dans leur mission d’éducation. Pourquoi ne pas renforcer en mettant des suppléants dans les classes ? Je sais que la politique actuelle de la France est de réduire les budgets, donc les effectifs. Il est quand même possible de faire appel aux associations ou aux parents d’élèves qui seraient obligés d’assister au cours. Cette assistance au cours pourrait se faire au moins une fois par trimestre, plus fréquemment pour les parents dont les enfants refusent l’autorité. Ils ne devront pas assister à un cours où leur enfant est élève mais ils seront obligés de participer comme est obligé de siéger dans un jury tout citoyen sollicité par sa circonscription juridique. Ces parents seront plus sensibilisés à leur rôle de premier instituteur dans la société.

Autre questionnement, l’actuel modèle de l’école républicaine n’est-il pas au bout de ses possibilités ? Je crois qu’il n’en est pas loin. Cela ne sert à rien de s’évertuer à faire de tout le monde un bon élève, contre vents et marées. Les aptitudes de tous sont nécessaires pour une société prolifique et il n’y a pas de sot métier. Il faudrait beaucoup plus de visites aux ateliers d’artisans, par exemple. A défaut de pouvoir rapidement mettre en place ce système pour tous les élèves, il pourrait l’être pour ceux qui ne veulent définitivement pas étudier. Le coût de ses visites, destinées à découvrir les talents cachés et à susciter des vocations, pourrait être assumé par les parents, totalement ou en partie. Cela nécessite également de revoir à la baisse la durée minimale légale de scolarisation. Il vaut mieux se mettre à apprendre un métier à douze ans que de devenir hitiste2 à seize ans ou pénalement responsable à dix.

Le monde est en train de changer. Il a toujours été changeant mais il change plus vite qu’il ne le faisait dans le passé. Toute chose nouvelle déstabilise et fait perdre ses repères. Il ne faut pas en avoir peur mais s’y adapter. Les solutions extrêmes sont rarement les bonnes et espérer se réveiller un jour pour se retrouver quelques décennies en arrière est une espérance (de certains) qui ne se réalisera pas. Ce qui peut se réaliser c’est d’apprendre à bien vivre ensemble, à s’accepter les uns les autres mais sans laisser qui que ce soit détruire ce qui a été bâti.



Note :

1. Face aux idées, l’intégration à la française, émission regardée sur LCP le 21.04.2011. Première diffusion le 20.04.2011.

2. Hitiste : désoeuvré qui s’appuie contre un mur à longueur de journée.