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jeudi 10 juillet 2014

Israéliens, soyez vous aussi des Justes


Israël est un Etat membre de l’ONU, il doit se conformer aux résolutions de cette organisation et aux verdicts de son organe juridique, la Cour internationale de Justice. Par ailleurs, ceux qui condamnent les enfants d’Israël à l’exil éternel doivent se rappeler que cet exil devait durer quarante ans, comme relaté par le Coran, et que cette durée est écoulée depuis longtemps. La terre suffit à tous, à condition de respecter les frontières et la souveraineté des uns et des autres.

On justifie les raids actuels sur Gaza par les tirs de roquettes sur Israël, y compris sur le Nord, maintenant. Selon certains, le Hamas, coupé de l’Egypte, viserait uniquement à continuer à exister aux yeux des Palestiniens. Seulement, le massacre de civils palestiniens ne saurait se justifier par leur prétendue utilisation comme bouclier humain par le Hamas. Enfin, puisque cela rajoute à la férocité des raids, si trois adolescents israéliens ont été récemment tués, un adolescent palestinien a été récemment brûlé vif, et d’autres sont régulièrement torturés et tués.

Les sionistes qui dénoncent ces injustices ne sont pas des traîtres, ce sont des Justes, comme ont été des Justes ceux qui ont aidé les juifs persécutés, et parmi lesquels il y avait des musulmans. Les autres sionistes, tout particulièrement les Israéliens, doivent dénoncer cet acharnement sur les Palestiniens. Ils doivent comprendre qu’il n’y aura pas de paix tant qu’existeront les colonies israéliennes en terre palestinienne, tant qu’il y aura de l’embargo, tant qu’il y aura de la démesure dans la riposte armée. Ils doivent comprendre qu’ils font subir aux Palestiniens ce que le nazisme et d’autres leur ont fait subir. Qui est David et qui est Goliath, aujourd’hui ? Si David avait terrassé Goliath en étant plus faible que lui, c’est parce qu’il avait raison et que Goliath avant tort, la façon arrivant après. Néanmoins, la vérité doit être dite pour tout le monde.

Ce n’est pas seulement la Coupe du monde de football qui distrait de voir ce qui se passe en ce moment à Gaza. La Coupe du monde distrait des injustices que commettent quotidiennement les politiques de la planète à l’encontre de leurs peuples. On se trompe, également, en attribuant la responsabilité totale de ce conflit aux dirigeants des pays arabes. Ces derniers ont une responsabilité dans la perduration du conflit, mais la Palestine a d’abord été abandonnée par nombre de Palestiniens qui se complaisent dans leur exil, souvent pensionné, ou qui vendent leurs terres aux Israéliens. De même, il ne faut rien attendre d’une éventuelle médiation d’al-Sissi qui « refuse de mettre une pression exagérée sur Israël » et dont la presse considère le Hamas comme une organisation terroriste. La question se pose avant tout à deux peuples qui s’entretuent ou s’exterminent mutuellement, même si le rapport de force est en faveur d’Israël.

Comptant mener des raids de longue durée sur Gaza, Benyamin Netanyahou appelle les Israéliens à « faire preuve de patience », qu’ils fassent preuve de justice. Qu’ils soient eux aussi des Justes, seuls durent ceux qui le sont.


Hichem Achi

dimanche 14 juillet 2013

Plus largement qu’en Syrie

Les Etats-Unis n’interviennent pas directement en Syrie, ils ne veulent pas d’un deuxième Irak et leurs difficultés économiques aiment bien que des pays du Golfe financent la guerre contre el-Assad. Même si la politique étrangère est le point faible d’Obama, le temps joue en sa faveur. Qu’el-Assad gagne la guerre, pourvu qu’il épuise avec lui l’Iran et le Hezbollah, et surtout qu’il les retienne le plus longtemps possible. Le temps de laisser se construire, peut-être, quelque chose entre le Hamas et Israël. Je ne crois pas à la coïncidence en voyant le Qatar financer le Hamas, au moment où ce dernier se démarque du Hezbollah. Les Etats-Unis ont remercié l'émir du Qatar et exigé de son successeur plus de discrétion, pour arrêter de faire de l’ombre à leur fidèle allié dans la région, l’Arabie Saoudite. Le Qatar doit à présent calmer la folie des grandeurs qu’on lui avait tolérée ou suggérée. Il met en sourdine son cheikh al-Qaradawi et sa chaîne télévisée Al Jazeera. Le cheikh fait haïr l’émirat par ses appels au djihad dans les pays arabes et la chaîne concurrence au-delà de la région.

La Chine aussi gagne à l’abdication de l’émir du Qatar. En plus de son implication dans le conflit syrien, l’émirat était trop vorace dans ses investissements à l’étranger, particulièrement en France. Au passage, je fais remarquer qu’outre la rentabilité, l’investissement qatari en France veut le prestige, alors que l’investissement chinois veut délocaliser les enseignes françaises mythiques et déplacer le pôle d’attraction culturel de l’Europe vers l’Asie. La Russie gagne aussi, en devenant encore plus incontournable dans la gestion des grands conflits armés. L’Union européenne perd, parce que sa position n’est pas unifiée et qu’elle est accaparée par sa crise financière et culturelle. D’ailleurs, la crise culturelle de l’Europe n’est pas sans conséquences sur ce qui se passe dans le monde arabe.

En effet, les pays de l’Europe de l’Ouest servent souvent de modèle, en raison de leur développement et des libertés qui y règnent. Pour des considérations liées au fait colonial, également. Or, ces modèles s’essoufflent et sont, par exemple, dans l’incapacité de répondre aux revendications croissantes de leur multiculturalisme. En l’absence d’un modèle laïc probant dans les pays musulmans, aucun modèle endogène ne suscitera la confiance, donc l’adhésion, s’il ne fera pas référence à l’islam. En plus, la religion est un instrument trop puissant pour ne pas être exploité par les politiciens, et même si la plupart des musulmans arrivent un jour à distinguer entre islam et islamisme politique, il y aura toujours intérêt à amalgamer.

Ceci pour dire que l’islamisme politique n’est pas mort, contrairement à ce que dit el-Assad après la chute des Frères musulmans en Egypte. Il l’a dit pour insinuer que c’est soit son autoritarisme soit l’islamisme, occultant tout autre courant politique, donc toute autre solution que lui. Le régime algérien l’a aussi dit, à travers son porte-voix dans ses partis satellites, Amara Benyounes, pour tacler la coalition islamiste qui se prépare. Un mot à propos de la délégation algérienne partie en Syrie soutenir el-Assad, quand le prudent officiel ne le soutient pas directement. Je rappelle que les réseaux sociaux l’ont encouragé à s’accrocher au pouvoir alors qu’il envisageait de partir. Je ne pense pas aux djihadistes venus de l’étranger, et que je dénonce. Je pense aux opposants syriens qui paieront lorsque les délégations seront reparties et que les internautes arabes reviendront à leurs autres « like ».

Avec l’islamisme politique, la solution est de le confronter à la responsabilité pour que les sociétés comprennent que la religiosité n’est pas synonyme d’essor. Les sociétés qui n’essaient pas leurs islamistes sont les plus susceptibles de les essayer dans la crise, là où l’affolement fait se jeter sur la première bouée venue. L’Algérie a payé le prix de la brutalité dans leur mise à l’écart et l’Egypte commence à le faire. En Syrie, en Egypte et en Libye, les Arabes sont les plus grands perdants. Les Arabes veulent les libertés et le développement de l’Occident, en les important sans autre effort. Dans l’impossibilité de le faire, ils préfèrent émigrer que réfléchir à un système de gouvernance adapté à leur réalité. Que serait la colère des Algériens, par exemple, s’il n’y avait plus de pétrole ? Entre autres importateurs de solutions, des islamistes proposeraient de la liturgie. Une grande partie de la société suivrait.


Hichem Achi

mardi 28 juin 2011

Qui veut asphyxier Gaza ?


« Israël a le droit d'autodéfense ». Cela a été dit par l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, qui a ajouté que l’initiative qui vise à casser l’embargo sur Gaza est une « provocation et n'a rien à voir avec une aide humanitaire ». Le Government Press Office israélien menace les journalistes qui prendront part à la mission (humanitaire) de 10 ans d’interdiction d’entrée sur le territoire, sachant que certains de ces journalistes couvrent habituellement les évènements dans cette aire géographique. Le GPO ne menace pas ces journalistes de les priver d’accréditation. On aura remarqué la nuance.

Décevant et, surtout, affamant qu’Israël considère la flottille comme une provocation, elle qui transportera des médicaments, une ambulance équipée et du ciment. Bien des ennuis auraient été évités si Israël avait considéré le piétinement de l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa, par Ariel Sharon, comme une provocation. Ce qui était le cas. Plus décevant, Ban Ki-moon a demandé aux chefs des Etats concernés de décourager leurs ressortissants volontaires et Lynn Pascoe, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des affaires politiques, a annoncé l’opposition de l’Organisation à cette initiative humanitaire.

A cela ne tenant, la « flottille de la liberté 2 » qui devrait compter une dizaine de bateaux appareillant essentiellement depuis des ports grecs, regroupera 350 militants originaires de 22 pays, décidés à briser le blocus imposé sur Gaza depuis 5 ans maintenant, même s’ils s’attendent à être arraisonnés par l’armée israélienne. Des juifs états-uniens envisagent de rejoindre la flottille. C’est là la preuve qu’il ne faut pas stigmatiser les juifs. Beaucoup d’entre eux veulent la paix.

La première tentative de briser l’embargo, en 2010, avait fait neuf morts parmi les humanitaires, suite à l’assaut contre le navire amiral (un ferry turc) de la flottille humanitaire. L’initiative avait été un échec physique mais une victoire médiatique.

Vaguélis Pissias, de l'organisation grecque « Un bateau pour Gaza » a dit : « … notre objectif n'est pas seulement de forcer l'embargo mais de prouver aux Israéliens et aux peuples de la région qu'ils ont le droit de vivre d'une façon plus harmonieuse entre eux ». Les Israéliens dont il parle ne sont pas ceux qui soutiennent Benyamin Netanyahou. Ce sont ceux qui sont conscients de cette injustice israélienne.

Il faut rappeler que l’embargo sur Gaza a été renforcé en 2007, suite à l’arrivée du Hamas au pouvoir. A partir du moment où ce parti y est arrivé d’une façon démocratique que personne ne remet en cause, une question se pose.

L’absence de démocratie, souvent avancée comme alibi à la mainmise sur le voisin ou à sa mise sur le ban, n’est-elle pas ici contredite ?

Jusqu’à ce que Ismaïl Haniyeh parte, Netanyahou devra faire avec et négocier avec. On ne peut pas  reconnaître ou accepter un gouvernant voisin seulement quand on l’aime bien. Quant à la position du Hamas selon laquelle l’actuel territoire israélien doit être entièrement restitué aux Palestiniens, elle est en train de changer. Ce fait là, historique, additionné à la réconciliation entre Hamas et Fatah qui devrait rendre les négociations moins difficiles, est une occasion inespérée pour faire la paix durablement. A condition qu’on la veuille.

Netanyahou a oublié ce qui est arrivé à la génération qui l’a précédé dans les sinistres camps d’extermination. Le voilà sur les pas des tortionnaires de ses parents, pour asphyxier 1,5 millions de personnes, en les privant de nourriture, de médicaments, d’électricité et de carburant. Au fait, quand est-ce qu’il part, lui ?